Economie nationale : une croissance à sens unique

Lors du dernier conseil des ministres, Moktar Ould Diay a fait une communication sur les finances publiques, pour l’approbation du budget de l’Etat 2016, chiffré à 451.167.622.000 ouguiyas (soient 1.354.340.000 dollars). L’argentier du pays, ingénieur statisticien davantage versé sur les données statistiques comparatives brutes que sur leur interprétation et l’explication des raisons ayant présidé à leur survenue – ce qui est du ressort d’un économiste – a avancé des chiffres. Encore les chiffres ! A croire que les divers gouvernements mauritaniens qui se sont succédé sont atteints de « chiffrite », ou maladie des chiffres. On se rappelle les milliards de Cheikh El Avia Ould Mohamed Khouna. Ainsi que Zeine Ould Zeidane qui manipulait allègrement les chiffres sans se soucier de la cohérence du dossier. Ce qui n’a pas pu échapper à l’œil sagace sans être torve des experts des institutions de Bretton Woods. Tout comme Yahya Ould Ahmed El Waghf qui évoquait des dizaines de milliards engloutis dans le cadre d’un Plan Spécial d’Intervention de sécurité alimentaire au profit de la population et qui est demeuré lettre morte.
Le taux de croissance. Pour comprendre le taux de croissance, il convient de faire la comparaison entre les chiffres des recettes d’une situation initiale (exercice n) et ceux des recettes d’une situation ultérieure (exercice n+1). Seulement, à considérer la seule évolution des montants bruts indépendamment de l’usage qui en est fait et de leur opportunité. Par l’exemple, en ce qui concerne les recettes du Trésor, il convient d’en analyser les retombées économiques pour les contribuables (ménages, secteur informel, PME, PMI, et grosses entreprises). Or, pour les ménages, soumis au RMI (impôt foncier), la hausse universelle des prix (des prix de tous les biens de consommation), le non nivèlement des salaires par rapport au niveau des prix contribue à paupériser davantage la population mauritanienne au point de la rendre éternellement sous perfusion, dépendante sans le moindre espoir de rémission. Pour le secteur informel, l’augmentation des taxes est incompréhensible d’autant plus qu’elle n’est pas accompagnée par un coaching, promotion de l’entreprenariat, de prêts dans le cadre de la micro-finance. Nada !
Ietm pour les grandes entreprises saignées à blanc. Surtout celles dirigées par des proches aux ennemis publics numéros un. Le fisc de la République Islamique de Mauritanie, sur ordre d’en haut, a servi d’épée de Damoclès pour les mettre out du circuit économique au profit du nouvel establishment que tout le monde connaît. Une première en Mauritanie. Cela constitue une erreur rédhibitoire pour un président qui se voulait champion de la bonne-gouvernance et président des pauvres.
On se souvient que le gouvernement visait un taux de croissance de 4%. Quand le ministre annonce avoir atteint un taux de croissance de 3,1%, il y a loin entre la coupe et les lèvres et il convient d’expliquer à l’opinion publique la raison d’un tel échec. Et à la limite, un gouvernement incapable d’exécuter les objectifs que le président avait solennellement promis au peuple doit démissionner. Au pays où le ridicule ne tue pas, le ridicule n’a jamais tué quiconque, rien de tout cela. D’ailleurs, pourquoi pas, peut-être qu’en arrondissant un peu, on ne serait pas loin des 4% promis.
Quant au taux d’inflation, il s’agit de l’augmentation des charges, des dépenses par rapport aux recettes disponibles, autrement dit un déficit à l’immédiat irrécouvrable. Autant dire un gouffre financier d’autant plus inquiétant qu’il est supérieur au taux de croissance fièrement annoncé par le ministre des finances. Il n’y pas de quoi être fier. Car, le montage d’un dossier laborieux telle que le budget de l’Etat est susceptible de mettre à nu bien des anomalies.
En définitive, les comparaisons statistiques quoiqu’elles puissent jeter la lumière sur certains aspects, n’en sont pas moins fictives, surtout quand la réalité est tout autre. Et c’est là que le bât blesse. La réalité du citoyen mauritanien est à mille lieues des chiffres annoncés triomphalement par le ministre des fiances Moktar Ould Diay. L’Etat croît pendant que le peuple décroît. En sonne une croissance à sens unique. Cette fois, la guerre des chiffres risque d’avoir lieu.