{"id":13548,"date":"2026-09-28T13:36:18","date_gmt":"2026-09-28T13:36:18","guid":{"rendered":"https:\/\/le-renovateur.net\/?p=13548"},"modified":"2026-09-28T13:38:23","modified_gmt":"2026-09-28T13:38:23","slug":"violences-sexuelles-et-sexistes-en-mauritanie-la-pression-monte-pour-lever-le-dernier-verrou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/le-renovateur.net\/?p=13548","title":{"rendered":"Violences sexuelles et sexistes en Mauritanie : la pression monte pour lever le dernier verrou"},"content":{"rendered":"\n<p>Des affaires qui suscitent l\u2019indignation, une soci\u00e9t\u00e9 civile qui intensifie son plaidoyer et des parlementaires qui r\u00e9clament l\u2019adoption du projet de loi KARAMA : en Mauritanie, la question de la protection des femmes et des filles revient avec insistance au centre du d\u00e9bat public. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de concertations, le texte demeure toujours en attente d\u2019adoption. Jusqu\u2019o\u00f9 ira la pression pour faire sauter le dernier verrou ?Deux notions, deux r\u00e9alit\u00e9sViolences sexuelles et violences sexistes ne recouvrent pas exactement la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9.Les violences sexuelles d\u00e9signent les actes \u00e0 caract\u00e8re sexuel commis sans consentement ou sous contrainte : viol, agression sexuelle, exploitation sexuelle, harc\u00e8lement sexuel ou autres atteintes \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 sexuelle. Elles peuvent viser les femmes comme les filles et prendre des formes diff\u00e9rentes selon les circonstances.Les violences sexistes, plus larges, renvoient aux violences li\u00e9es au sexe ou au genre de la victime et aux rapports de domination qui leur sont associ\u00e9s. Elles peuvent \u00eatre physiques, psychologiques, \u00e9conomiques ou sociales. Elles comprennent notamment certaines formes de violences conjugales, de discrimination, de harc\u00e8lement ou de pratiques n\u00e9fastes.Les deux ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent \u00e9videmment se recouper. Une agression sexuelle peut ainsi constituer \u00e0 la fois une violence sexuelle et une violence fond\u00e9e sur le genre.Cette distinction est importante dans le d\u00e9bat mauritanien : le probl\u00e8me ne se limite pas au traitement p\u00e9nal du viol. Il concerne \u00e9galement la pr\u00e9vention, la protection des victimes, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice, la prise en charge et la lutte contre les m\u00e9canismes sociaux qui favorisent ou banalisent certaines violences.Des alertes qui se multiplientCes derni\u00e8res semaines, plusieurs affaires de violences sexuelles ont raviv\u00e9 l\u2019\u00e9motion publique. Le viol pr\u00e9sum\u00e9 d\u2019une fillette de sept ans \u00e0 Toujounine, en septembre, a notamment relanc\u00e9 le d\u00e9bat sur l\u2019absence d\u2019un cadre l\u00e9gislatif sp\u00e9cifique et sur les conditions de protection des victimes.Il serait toutefois imprudent de transformer cette succession d\u2019affaires m\u00e9diatis\u00e9es en preuve automatique d\u2019une recrudescence statistique. Les donn\u00e9es nationales disponibles restent insuffisantes pour \u00e9tablir avec certitude une \u00e9volution r\u00e9cente de l\u2019ensemble des violences sexuelles et sexistes.Le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019en demeure pas moins pr\u00e9occupant. Les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et les partenaires internationaux alertent depuis plusieurs ann\u00e9es sur l\u2019ampleur des violences bas\u00e9es sur le genre et sur les difficult\u00e9s persistantes rencontr\u00e9es par les victimes pour acc\u00e9der \u00e0 la protection et \u00e0 la justice.Au-del\u00e0 des chiffres, la succession des alertes r\u00e9v\u00e8le surtout une difficult\u00e9 persistante : transformer l\u2019indignation provoqu\u00e9e par les cas individuels en m\u00e9canismes durables de pr\u00e9vention, de protection et de justice.KARAMA, le texte au c\u0153ur du d\u00e9batC\u2019est dans ce contexte que le projet de loi KARAMA, consacr\u00e9 \u00e0 la protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles et sexistes, revient au premier plan.Le texte n\u2019est pas nouveau. Il a fait l\u2019objet de plusieurs phases de concertation. Des institutions publiques, des juristes, des parlementaires, des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des repr\u00e9sentants religieux ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9tapes de son \u00e9laboration et de son examen.Selon ses promoteurs, le projet vise notamment \u00e0 mieux d\u00e9finir les diff\u00e9rentes formes de violences, \u00e0 renforcer la protection des victimes, \u00e0 pr\u00e9ciser les infractions et les sanctions et \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice.Le d\u00e9bat n\u2019est donc plus celui d\u2019un texte \u00e0 construire \u00e0 partir de z\u00e9ro. Il porte d\u00e9sormais sur son aboutissement institutionnel.La soci\u00e9t\u00e9 civile remet la pressionLe 24 septembre 2026, une nouvelle \u00e9tape a \u00e9t\u00e9 franchie \u00e0 Nouakchott avec la remise officielle d\u2019un m\u00e9morandum de plaidoyer en faveur de l\u2019adoption de KARAMA.La d\u00e9marche, port\u00e9e par plusieurs organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, s\u2019appuie sur une mobilisation destin\u00e9e \u00e0 rappeler aux pouvoirs publics la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aboutir \u00e0 l\u2019adoption du texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le message est d\u00e9sormais difficile \u00e0 ignorer : la soci\u00e9t\u00e9 civile ne demande plus seulement une sensibilisation accrue. Elle r\u00e9clame l\u2019aboutissement d\u2019un processus l\u00e9gislatif engag\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es.Le plaidoyer porte notamment sur le renforcement des m\u00e9canismes de protection et d\u2019orientation, l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019acc\u00e8s des victimes \u00e0 la justice et le respect des engagements pris en mati\u00e8re de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.<\/p>\n\n\n\n<p>La pression ne vient pas uniquement des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile.Des parlementaires se mobilisent \u00e9galement en faveur de l\u2019adoption du projet de loi KARAMA, relan\u00e7ant le d\u00e9bat sur le retard pris dans l\u2019aboutissement du texte et appelant \u00e0 une r\u00e9ponse l\u00e9gislative aux violences sexuelles et sexistes.Cette mobilisation donne une nouvelle dimension au plaidoyer. La question n\u2019est plus seulement port\u00e9e par les organisations de d\u00e9fense des droits des femmes : elle s\u2019installe \u00e9galement dans l\u2019espace parlementaire, faisant de l\u2019adoption de KARAMA un enjeu institutionnel.La multiplication de ces appels pose d\u00e9sormais une question centrale : quels obstacles expliquent encore l\u2019attente autour d\u2019un texte qui fait l\u2019objet de concertations depuis plusieurs ann\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9ticences politiques ou prudence institutionnelle ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que se situe l\u2019un des principaux points d\u2019interrogation.Pourquoi un projet ayant fait l\u2019objet de concertations successives, impliquant des institutions publiques, des parlementaires, des religieux et la soci\u00e9t\u00e9 civile, tarde-t-il encore \u00e0 franchir le cap de l\u2019adoption ? Parler de \u00ab blocage politique \u00bb supposerait d\u2019identifier clairement les responsabilit\u00e9s et les motivations. Les \u00e9l\u00e9ments publics disponibles ne permettent pas, \u00e0 eux seuls, d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence d\u2019une d\u00e9cision politique explicite visant \u00e0 bloquer le texte.Il existe cependant un constat : le d\u00e9lai entre les diff\u00e9rentes phases de concertation et l\u2019adoption effective du texte nourrit aujourd\u2019hui les interrogations et la frustration de ses d\u00e9fenseurs.La dimension religieuse et juridique du dossier reste \u00e9galement sensible. Les promoteurs de KARAMA affirment que le texte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9 pour tenir compte des pr\u00e9occupations exprim\u00e9es lors des consultations et qu\u2019il a fait l\u2019objet d\u2019un examen juridique et institutionnel.Le d\u00e9bat ne peut donc \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une opposition entre \u00ab d\u00e9fenseurs des femmes \u00bb et \u00ab opposants \u00e0 la loi \u00bb. La v\u00e9ritable question est de savoir quels obstacles institutionnels, juridiques ou politiques emp\u00eachent encore l\u2019aboutissement d\u2019un texte d\u00e9j\u00e0 largement discut\u00e9.Le dernier verrou<\/p>\n\n\n\n<p>La Mauritanie dispose de plusieurs dispositifs et politiques de lutte contre les violences bas\u00e9es sur le genre. Des m\u00e9canismes de pr\u00e9vention, de sensibilisation et de prise en charge existent \u00e9galement.Mais pour les organisations qui portent KARAMA, ces m\u00e9canismes ne remplacent pas un cadre l\u00e9gal sp\u00e9cifique, clairement d\u00e9fini et assorti de proc\u00e9dures permettant de mieux prot\u00e9ger les victimes et de renforcer leur acc\u00e8s \u00e0 la justice.C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que se concentre d\u00e9sormais le plaidoyer.La soci\u00e9t\u00e9 civile multiplie les m\u00e9morandums.<\/p>\n\n\n\n<p> Des parlementaires relancent publiquement le dossier.<\/p>\n\n\n\n<p> Les affaires de violences sexuelles continuent de provoquer l\u2019\u00e9motion. Les partenaires internationaux soulignent les insuffisances persistantes du dispositif de pr\u00e9vention, de protection et de prise en charge.La pression monte donc autour d\u2019une question d\u00e9sormais simple : combien de temps encore faudra-t-il attendre pour que les concertations c\u00e8dent la place \u00e0 une d\u00e9cision ?Pour ses promoteurs, KARAMA n\u2019est pas seulement un texte p\u00e9nal. Il constitue aussi un instrument de pr\u00e9vention, de protection et de transformation sociale.Reste le passage d\u00e9cisif : celui du plaidoyer \u00e0 l\u2019adoption, puis de l\u2019adoption \u00e0 l\u2019application effective.C\u2019est probablement l\u00e0 que se trouve aujourd\u2019hui le v\u00e9ritable dernier verrou.<\/p>\n\n\n\n<p>Dienaba Wane<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des affaires qui suscitent l\u2019indignation, une soci\u00e9t\u00e9 civile qui intensifie son plaidoyer et des parlementaires qui r\u00e9clament l\u2019adoption du projet<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":13550,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-13548","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13548"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13549,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13548\/revisions\/13549"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/13550"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/le-renovateur.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}