Traiter de l’EV sans verser dans « l’Extrémisme médiatique ! »

Traiter d’une question aussi sensible que celle de l’EV requiert avant tout un niveau de compréhension de ce phénomène ensuite un sens élevé de responsabilité des médias tant traditionnels qu’en ligne. Se résoudre à rédiger un article, diffuser un message dans les réseaux sociaux sans s’assurer de la véracité de l’information fournie pourrait s’avérer plus funeste que l’action d’un kamikaze qui se fait exploser par sa ceinture. Autrement dit publier une information même vraie avec un traitement partisan ou outrepassant les frontières de l’éthique et de la déontologie entrainerait des situations dramatiques pouvant selon le contexte tourner en violences. Surtout si le sujet touche au culte religieux ou stigmatise ses symboles. Il faut savoir par quel angle d’attaque passer, quel lexique utiliser pour ne pas verser dans « l’extrémisme médiatique ». Puisqu’on est dans la prévention, il faut cerner les causes de la violence, les analyser pour élaborer les outils permettant de construire un discours méthodique, argumenté soutenant une communication pertinente au service d’une action de prévention.
Dans un paysage médiatique et informationnel inondé par toutes sortes de canaux de diffusion alimentés par un flot d’informations, les médias ont l’embarras du choix à livrer au public suffisamment de matière. Dans cette frénésie journalistique la précipitation prend très souvent le dessus sur le traitement sérieux et professionnel du contenu. Le journaliste cède au sensationnel et l’envie lui prend de faire un scoop au détriment de la vérification des faits et de la qualité du produit à présenter au public. Les speakers des radios communautaires, animateurs de blogs et autres activistes dans les réseaux sociaux y vont à cœur joie sans esprit de discernement. Quand l’information du jour porte sur la violence la course à qui le premier publie la nouvelle, engage les médias dans une bataille de positionnement. Les consommateurs se contentent de prendre la première info comme parole d’évangile. Si d’aventure elle se rapporte à des violences intercommunautaires, confessionnelles … le coup est déjà parti et la situation pourrait dégénérer. Ainsi la fausse information aura allumé le feu à cause de l’irresponsabilité du média qui diffusa un mauvais scoop. C’est à ce niveau que la prévention de la rumeur doit vient au secours de la prévention de la violence. Le travail des professionnels des médias consiste à s’assurer de la véracité des faits, pour un traitement objectif de l’information à livrer au public. Le devoir d’informer juste et bien doit répondre au droit du citoyen à disposer d’un produit fiable.
Cette règle ne fait pas exception quelque soit le sujet à traiter. Mais pour les médias engagés dans la prévention l’exigence est encore plus grande. Il s’agit pour les spécialistes de la presse d’élaborer les pratiques qu’il faut dans l’optique de vulgariser les principes d’une communication stratégique non violente. Cette dernière va favoriser l’émergence d’une nouvelle approche fondée sur l’interactivité entre les différents canaux où les médias dans leurs diversités permettront de faire acquérir une compréhension approfondie de l’extrémisme violent et de développer un esprit critique face aux discours alarmistes, stéréotypes, haineux, et aux informations non vérifiées qui prolifèrent sur internet et les médias sociaux. Pour que ales médias émergents puissent s’ériger en lanceur d’alerte et de catalyseur d’éveil , les professionnels exerçant dans la sphère médiatique doivent s’organiser en réseau et être en phase avec actions les programmes de renforcement de leurs capacités ainsi que la production de contenus destinés à une information de proximité et en langues locales. C’est par la communication de proximité et l’amélioration des contenus que les acteurs locaux pourront mieux s’approprier les outils de la prévention de l’extrémisme violent qu’ils partageront avec les populations locales.

Cheikh Tidiane Dia

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