Mauritanie : les recettes publiques en hausse, signe d’une réforme fiscale qui s’accélère* .
En tant qu’ un observateur de la vie politique et économique en Mauritanie voici mon analyse sur la situation économique de la Mauritanie, portée par une politique de modernisation de son administration et de renforcement de la mobilisation des ressources internes.
La Mauritanie affiche depuis deux ans des performances fiscales en nette amélioration. Hausse des recettes, élargissement de l’assiette, lutte contre la fraude et diversification des revenus traduisent une stratégie plus ambitieuse de consolidation des finances publiques.
Une fiscalité en transition
En observateur de la scène politique et économique mauritanienne, on ne peut qu’être frappé par la rapidité avec laquelle la réforme fiscale gagne du terrain.
Là où prévalait encore il y a quelques années une forte dépendance aux ressources extractives et aux financements extérieurs, le gouvernement semble désormais vouloir faire de la fiscalité ordinaire un pilier central de la gestion publique.
Cette inflexion se traduit par une progression sensible des recettes publiques, que le ministre des Finances revendique comme le fruit d’une politique volontariste de modernisation de l’administration fiscale. Il ne s’agit plus seulement de “mieux recouvrir” ce qui est déjà connu, mais d’élargir l’assiette, d’intégrer davantage d’acteurs économiques dans le circuit formel et de renforcer la régularité des paiements.
Vers une fiscalité plus exigeante et plus structurée
L’augmentation des recettes s’accompagne, inévitablement, d’une hausse de la pression fiscale. Pour les opérateurs économiques, cela signifie plus d’obligations, mais aussi une demande accrue de transparence et de justification de l’usage des deniers publics. Dans un contexte où la croissance reste modérée et où les inégalités persisteront encore longtemps, cette évolution doit être accompagnée d’un discours politique clair sur la valeur ajoutée des impôts pour le développement. Par ailleurs, la diversification des sources de revenus est un signal positif.
En réduisant la dépendance aux hydrocarbures et aux minerais, les autorités cherchent à sécuriser les finances publiques face aux aléas des cours mondiaux.
Cela renforce la crédibilité du pays auprès des partenaires techniques et financiers, même si la mise en œuvre reste un défi permanent.
Réforme fiscale et lutte contre l’informel.
Sur le terrain, la “réforme qui s’accélère” se lit aussi dans l’intensification des contrôles et la digitalisation des procédures fiscales.
Les guichets numériques, les plateformes de déclaration en ligne et les outils de vérification automatisée bouleversent les pratiques de gestion des impôts.
Pour les acteurs économiques, c’est à la fois un gain de temps et, souvent, une prise de conscience que l’évasion fiscale devient plus coûteuse et plus risquée.
Dans un pays où une large partie de l’économie reste informelle, ce mouvement d’élargissement de l’assiette est politiquement délicat.
Il implique de convaincre plus que de contraindre, de favoriser la formalisation plutôt que la stigmatisation.
La réussite de cette phase dépendra autant de l’efficacité des services fiscaux que de la capacité du pouvoir à rester crédible sur la lutte contre la corruption et le gaspillage.
Gouvernance, confiance et légitimité politique.
Au‑delà de la technique fiscale, ce qui se joue, c’est aussi la relation de confiance entre l’État et ses contribuables. Le discours officiel insiste désormais sur une fiscalité “plus équitable”, fondée sur la transparence, la pédagogie et le respect mutuel. Pour un observateur attentif, cette rhétorique est à lire à deux niveaux : d’une part, comme un outil de modernisation technique, d’autre part, comme un enjeu de légitimité politique.
Car dans un environnement où l’opposition et les critiques pointent régulièrement du doigt la gestion des finances publiques, une fiscalité plus visible et mieux encadrée peut devenir un levier de contrôle démocratique. Les recettes ne sont plus seulement une question de trésorerie, mais un indicateur de gouvernance et de capacité de l’État à transformer la croissance économique en services publics concrets.
Une réforme à surveiller de près
En définitive, la hausse des recettes publiques en Mauritanie ne doit pas être lue comme un simple résultat technique, mais comme le symptôme d’une transformation en cours. La réforme fiscale, qui s’accélère, s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’administration, de consolidation des finances publiques et de structuration de l’État.
Pour un observateur de la vie politique et économique, que je suis la question centrale aujourd’hui n’est plus seulement de savoir si les recettes augmentent, mais si cet argent sera investi de manière efficiente et redistribué de manière équitable. C’est sur ces conditions que se mesurera, dans les années à venir, la véritable réussite de cette réforme fiscale en marche.
Abdoulaziz DEME simple observateur politique
Le 16 Mai 2026

