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Nouachott : débrayage dans les amphis, les dessous d’une crise structurelle

Le mouvement étudiant à Nouakchott dépasse la hausse du transport universitaire. Bourses, logement et accès aux aides sociales révèlent les limites d’un système confronté à la précarité étudiante et aux inégalités de traitement.Les amphithéâtres désertés de l’Université de Nouakchott sont le signe visible d’un malaise plus profond. Mardi 27 octobre, le boycott des cours a remis au premier plan les difficultés matérielles qui fragilisent le parcours des étudiants. La hausse du tarif du transport universitaire, passé selon les protestataires de 5 à 30 ouguiyas, a servi de déclencheur à une contestation dont les ressorts sont bien plus anciens.Car le coût des déplacements n’est qu’une partie du problème. L’accès aux bourses et au logement constitue une préoccupation majeure, notamment pour les bacheliers venus de l’intérieur du pays. Contrairement à l’ancien système, qui leur accordait une priorité dans l’attribution des aides, certains se retrouvent désormais sans soutien financier. Dans une ville où se concentrent les établissements universitaires, cette situation transforme la poursuite des études en épreuve économique pour de nombreuses familles.À ces difficultés s’ajoutent les interrogations sur le dispositif de gratuité du transport destiné à certains étudiants inscrits au registre social de TAAZOUR. Les conditions d’accès, jugées restrictives et insuffisamment transparentes, alimentent des soupçons de favoritisme. L’enjeu ne porte donc pas seulement sur l’existence des aides, mais aussi sur leur répartition et sur la capacité des dispositifs sociaux à atteindre équitablement les étudiants les plus vulnérables.Le ministère de l’Enseignement supérieur privilégie une réponse organisationnelle : réaménagement des lignes, prolongement de certains trajets et renforcement des rotations. Ces mesures peuvent atténuer les difficultés de transport, sans répondre aux questions de fond. Les interventions policières contre les rassemblements étudiants ont également contribué à tendre le climat sur les campus.Le véritable défi est désormais celui de l’égalité des chances. Une université ne peut remplir sa mission si les conditions matérielles d’accès aux études deviennent un facteur d’exclusion. L’insuffisance des logements, les incertitudes sur les bourses et les contestations autour des aides sociales interrogent la cohérence de la politique d’accompagnement des étudiants.Le retour au calme ne suffira donc pas. Il suppose un dialogue avec les représentants étudiants, des critères d’attribution publics et vérifiables, ainsi qu’une réévaluation des besoins sociaux. Derrière les amphithéâtres désertés se joue une question essentielle : celle de la capacité du système universitaire mauritanien à accueillir les étudiants sans laisser leur origine géographique ou leurs moyens financiers déterminer leurs chances de réussite.

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