Qui a peur de l’assainissement du fisc ?
La campagne de paiement des impôts engagée par l’État en Mauritanie s’inscrit dans un objectif plus vaste : l’assainissement du fisc. Il ne s’agit pas seulement de recouvrer des recettes, mais de rétablir un système fiscal transparent, prévisible et équitable, capable de soutenir durablement les politiques publiques et la stabilité économique du pays. Cette opération implique de clarifier les bases imposables, de réduire les marges de tolérance informelle et de limiter les pratiques de complaisance qui ont pu perdurer pendant des années.
Placée sous l’autorité du Premier ministre Moktar Ould Diaye, cette démarche traduit une orientation administrative nette : moderniser le fonctionnement du fisc, renforcer le contrôle et harmoniser les procédures pour garantir l’égalité devant l’impôt. Sur le plan technique, il s’agit d’un processus de normalisation classique, indispensable à toute économie moderne, mais dont la mise en œuvre rencontre des obstacles puissants.
Une contestation organisée derrière la façade
Si certaines critiques peuvent relever de débats légitimes sur les modalités fiscales, une partie de la contestation actuelle dépasse largement le cadre technique. Des réseaux « affairopolitiques », mêlant intérêts économiques et relais politiques, semblent orchestrer une campagne coordonnée visant à freiner la réforme. Ces acteurs, dont beaucoup ont bénéficié par le passé d’arrangements tolérés ou de pratiques de complaisance, voient désormais leurs avantages remis en cause.
Dans ce contexte, il est frappant de constater que les critiques se concentrent presque exclusivement sur la personne du Premier ministre, comme s’il incarnait à lui seul l’État. Cette focalisation renforce la dimension symbolique du débat : les attaques contre le PM deviennent, dans les faits, des attaques contre la capacité même de l’administration à appliquer des règles de manière égale. Le processus d’assainissement du fisc est ainsi perçu comme une confrontation personnelle, alors qu’il relève d’une logique institutionnelle.
Les méthodes employées vont de la diffusion de récits alarmistes dans les médias à la mobilisation de pressions sur des institutions intermédiaires, en passant par l’instrumentalisation de cas isolés pour créer un sentiment d’injustice généralisée. L’objectif n’est pas de discuter des principes techniques de l’impôt, mais de limiter l’effet de cette campagne sur leurs intérêts particuliers.
Les enjeux de l’assainissement
L’assainissement du fisc ne se réduit pas à un contrôle plus strict. Il vise à restaurer la confiance des citoyens et des entreprises respectueuses de leurs obligations, à consolider les ressources publiques et à réduire les risques d’arbitraire ou de favoritisme. Dans une économie marquée par la dépendance aux ressources naturelles et aux marchés extérieurs, un système fiscal transparent est aussi un outil de résilience face aux chocs économiques et financiers.
De plus, il permet de clarifier les responsabilités et de limiter l’influence informelle de certains cercles sur les décisions publiques. Les résistances rencontrées montrent que cette réforme touche des équilibres profondément ancrés et des stratégies d’influence structurées, ce qui en fait autant un enjeu institutionnel qu’économique.
ainsi comme un test institutionnel majeur. Il interroge la capacité de l’État à appliquer des règles de manière égale, à faire respecter ses décisions malgré les pressions et à garantir la transparence. La focalisation sur la personne du Premier ministre révèle combien les réseaux « affairopolitiques » tentent d’instrumentaliser la figure individuelle pour freiner un processus qui relève de la responsabilité collective.
En définitive, la réforme fiscale ne se limite pas au recouvrement de recettes. Elle redéfinit les rapports entre pouvoir économique et pouvoir politique, tout en posant les bases d’une gouvernance plus rigoureuse et d’une administration fiscale modernisée. Ceux qui redoutent cette réforme ne craignent pas l’impôt lui-même, mais la fin d’une ère de complaisance et l’essor d’un système où règles et responsabilité priment sur arrangements et privilèges.
Cire Kane