Il n’échappe guère à l’observateur de la scène politique mauritanienne que celle-ci demeure à un iota près que l’on en est toujours au point de faire quelque chose qui reste à faire. Le dialogue en est toujours au point zéro. Le terme pourtant ô combien honni par le camp de la majorité de « préalable » si cher au FNDU est repris par le pôle présidentiel pour désigner aussi bien la première manche – à savoir les journées de concertations préparatoires au dialogue – que le dialogue annoncé en grandes pompes par le pouvoir comme pour montrer à l’opinion publique sa disposition au dialogue et par la même occasion la fuite en avant d’une opposition radicale rétive à toute forme d’ordre et peu disposée à entrer dans un processus de dialogue qui ne lui serait pas favorable.
Seulement, à ce jour, cela fait une éternité que le pouvoir parle d’un dialogue non avenu qui n’a pas encore vu le moindre début d’exécution. Tout ce qu’il s’est passé depuis le début ce ne sont que des pourparlers pour la tenue d’un dialogue ultérieur. A des variantes près.
Le « dialogue A » première version a eu lieu entre la majorité et le FNDU. Lequel FNDU a élaboré une feuille de route clarifiant sa vision du dialogue et les préalables devant être réalisés pour établir un climat de confiance propre à faire oublier « les antécédents » du pouvoir. A savoir les accords de Dakar allègrement passés à la corbeille par Mohamed Ould Abdel Aziz, à la suite de son élection à la présidence de la République ayant fait table rase du passé. Non sans avoir au « préalable » – sic – à coup de débauchages en masse acheté la majorité des élus parlementaires de l’opposition.
Et comme par coïncidence il se trouve que le RFD d’Ahmed Ould Daddah a vu son poids représentatif se rétrécir comme peau de chagrin à la suite de cette vaste OPA menée par les argentiers du général pour abattre Sidioca et, un train en cachant toujours un autre, pour reprendre le pouvoir et terrasser une opposition qui, à la faveur du vent de fronde d’alors, commençait à prendre du poil de la bête. A cause de la boulimie d’un pouvoir qui ne craint pas de rééditer le triste chapitre du PRDS-parti Etat. Et c’est de là que vient le poids « parlementaire » de l’UPR, autrement dit la majorité. Résultat d’autant plus inquiétant que l’UPR a phagocyté l’ensemble des troupes carriéristes de la Mauritanie.
Il s’agit en vérité d’une majorité non pas électorale mais acquise au prix de débauchages massifs, l’UPR n’ayant jamais gagné d’élections législatives, jusqu’aux dernières élections législatives et municipales de 2013. Et qui furent boycottées par le FNDU. Des élections aux vertus cathartiques destinées à effacer le péché originel de débauchage des élus de l’opposition. Les élections étant boycottées par l’opposition qui rechigne à se lancer dans une aventure perdue d’avance, les élections en sont toujours au point zéro.
Tout comme le dialogue auquel appelle à grands cris la majorité et qui n’est autre qu’une vaste opération de séduction de la communauté internationale.
Pour sa part, le citoyen se sent très peu concerné par les affaires publiques. Malmené par l’existence, paupérisé par un régime fiscal prohibitif et des prix inaccessibles, confronté à une insécurité routière endémique et une criminalité galopante auxquels plus personne n’échappe, sans oublier toutes sortes de fièvres – dengue ou de la vallée du Rift jusque-là inconnues – le citoyen ne sait à quel saint se vouer.
Les fatalistes s’en remettent à la volonté d’Allah. Confiants, ils savent que la volonté divine est irréversible et n’adviendra que ce qu’Allah aura voulu. Les autres, les réalistes, savent que Mohamed Ould Abdel Aziz ne pourra pas rester au-delà de son second mandat, qui prendra fin en 2019. Et ceux parmi ses hommes-liges qui le poussent à en briguer un troisième commettraient une erreur monumentale, irrémissible, aux conséquences fatales.
Car, à cet égard les discours d’Obama et de Ban ki-Moon sont édifiants. Lors de la dernière session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, tous deux ont recommandé aux dirigeants du monde de ne pas s’accrocher au pouvoir, à ne pas modifier la Constitution de leur pays, et à quitter leurs fonctions au terme de leur mandat conformément à cette dernière. Le président américain a ajouté que son pays n’approuverait nullement la moindre modification de la Constitution.
En bref, depuis le début de l’annonce de ce terme tant galvaudé de « dialogue », rien de sérieux n’a encore été fait. La majorité continue de prendre pour argent comptant la moindre « intention » du président de la République. Or une velléité ne saurait être considérée comme une volonté. Et une intention ne saurait être assimilée à un acte. Et tant qu’un véritable dialogue n’aura pas lieu, il serait superflu d’en parler. Ce qui réduit à néant toute cette cacophonie au sujet d’une sorte de monstre du Loch Ness dont tout le monde parle et que personne n’a réellement vu de façon tangible. Ou de cheval de mer, créature rarissime des fonds marins connue des seuls initiés. Et le temps passe, sans que l’on sache ce qui empêche réellement le pouvoir de procéder à l’entame d’un dialogue dont dépend la survie de la Mauritanie et pas uniquement celle du pouvoir. Car, il en va de sa crédibilité, de son avenir. Lui qui a davantage à perdre que tout autre.
En effet, le blocus politique qu’entreprend avec fermeté le FNDU a mis à nu le fait que le camp du pouvoir n’éprouve aucune gène à faire cavalier seul et à gouverner tout un pays en solo. Quitte à se faire indexer de tous les mots d’oiseau. Et le contrôle de l’ensemble des leviers de l’économie du pays, y compris la création à partir de zéro d’un establishment financier issu du cercle familial et tribal ne l’empêche guère de continuer la phraséologie d’usage : ouverture économique, libéralisation…
Qu’à cela ne tienne. Chaque jour qui passe est une journée de perdue sur le chemin d’un dialogue dont on ne comprend pas le retard. Nonobstant les tentatives des uns et des autres à jouer aux bons offices, à l’image de la CAP.
En définitive, on est en droit de s’interroger pourquoi le pouvoir continue de reculer à plus tard le dialogue au prétexte de la divergence de vues avec un FNDU qui n’a jamais fait mystère de ses préalables à tout processus de dialogue. Du reste, son boycott de toute élection tant qu’un dialogue véritable n’aura pas lieu, ne prête point à confusion. Du coup, il est clair que le pouvoir ne fait que gagner du temps, en faisant croire à un simulacre de dialogue destiné à la consommation publique. Une duplicité qui ne trompe plus personne. La guerre du dialogue n’aura pas lieu.