Mauritanie : IRA dénonce le refus de visa à une délégation américaine des droits de l’homme Nouakchott
Le mouvement IRA a tenu une conférence de presse ce matin à son siège à Nouakchott pour dénoncer le refus d’entrée en Mauritanie opposé à une délégation américaine de défense des droits de l’homme.Une délégation de 30 personnes bloquée à l’entréeLa délégation, composée de juges, d’avocats et d’élus américains, était attendue cette semaine dans le cadre d’une mission organisée à l’invitation de SOS Esclaves et d’IRA. Elle devait présenter ses condoléances suite au décès de Boubacar Messaoud et s’entretenir avec des familles de détenus et des acteurs de la société civile.Selon Birame Dah Abeid, président d’IRA, les visas ont été sollicités dans les formes, avec une lettre d’invitation officielle de SOS Esclaves précisant l’objet du déplacement. « La demande a été rejetée. Aucun membre de la délégation, à l’exception d’une personne, n’a pu entrer sur le territoire », a-t-il déclaré.Seul Bakary Tandia, co-fondateur et co-président de l’Abolition Institute et président d’IRA USA, a pu entrer en Mauritanie grâce à sa double nationalité. Il a indiqué avoir présenté les condoléances de la délégation à la famille de Boubacar Messaoud et au siège de SOS Esclaves dès son arrivée.Un programme centré sur la situation des détenusLe programme initial prévoyait des rencontres avec des familles de détenus et la présentation d’un rapport sur l’actualité des droits humains en Mauritanie.
Les intervenants devaient évoquer les cas de défenseurs des droits humains, de députés, de lanceurs d’alerte et de journalistes actuellement incarcérés, dont Mariam Mint Cheikh et Warda Mint Bah.Birame Dah Abeid a déclaré que la délégation devait également documenter des allégations de torture signalées depuis les élections de 2024, notamment à Kaédi, ainsi que des cas d’isolement et de harcèlement en détention. Il a cité l’absence d’enquête et d’autopsie suite au décès d’un jeune manifestant à Kaédi en 2024.
Fustigation de la torture et dénonciation d’un précédent concernant les femmes
, Birame Dah Abeid a fustigé la violation des droits, notamment par la torture infligée aux détenus politiques, dont des femmes. Il a qualifié cette situation d’inédite en Mauritanie et a affirmé que les différents régimes qui se sont succédé dans le pays n’avaient jamais commis de tels actes à l’endroit des femmes.« C’est la première fois depuis le début de la décennie d’Aziz que des femmes sont emprisonnées pour des motifs politiques », a-t-il déclaré, évoquant les cas des députées Mariam Mint Cheikh et Warda Mint Bah.Il a également rappelé que, sous la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz, une unité de la garde accusée d’actes de torture avait été jugée et exclue de l’armée. Il a estimé que la pratique de la torture était réapparue « en force » lors des élections de 2024.Hommage au jeune détenu et maintien du programmeBakary Tandia a confirmé que la délégation de l’Abolition Institute ne pourra pas se déplacer comme prévu. Il a annoncé que le programme initial serait maintenu avec sa participation, en lien avec les membres d’IRA en Mauritanie.Il a également rendu un vibrant hommage à l’homonyme du leader d’IRA, qu’il a présenté comme le plus jeune prisonnier au monde, détenu suite aux manifestations soldées par des violences policières.IRA a annoncé la diffusion prochaine de témoignages de familles de détenus et de victimes présumées. Le mouvement a indiqué poursuivre ses contacts avec les partenaires internationaux de la délégation bloquée.
Rappelons qu’une bdélégation américaine des droits de l’homme avait déjà été refoulée en 2017 sous la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz. Des missions similaires avaient pu entrer en Mauritanie depuis lors.

