Birame Dah Abeid conteste le bilan défendu par Ghazouani et argumente…
Au lendemain de la conférence de presse du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, organisée à l’occasion de la commémoration de ses sept années au pouvoir par le parti Insaf, Biram Dah Abeid a publié une longue note critique dans laquelle il conteste point par point le bilan présenté par le chef de l’État. Le leader de l’opposition y dénonce un exercice d’autosatisfaction, qu’il juge déconnecté des réalités vécues par les Mauritaniens.Pour Biram Dah Abeid, le discours présidentiel s’est davantage apparenté à une défense du bilan gouvernemental qu’à une véritable projection vers l’avenir. Selon lui, la conférence de presse n’a apporté ni vision stratégique ni réponses aux défis structurels auxquels le pays demeure confronté.
Un bilan contesté
Dans son analyse, l’opposant estime que les indicateurs avancés par le pouvoir ne reflètent pas les difficultés quotidiennes auxquelles fait face la population. Il cite notamment le chômage, les insuffisances des systèmes de santé et d’éducation, les problèmes persistants d’accès à l’eau potable et à l’électricité, la baisse du pouvoir d’achat, ainsi que les inégalités sociales et les disparités devant la loi.Selon lui, ces réalités contrastent fortement avec le tableau jugé optimiste présenté par le président
Ghazouani.Corruption et gouvernance au cœur des critiques
La lutte contre la corruption occupe une place centrale dans la note. Biram Dah Abeid soutient que ce phénomène demeure profondément enraciné dans les institutions publiques et reproche au président d’en minimiser l’ampleur.Il remet également en cause l’efficacité des organes de contrôle, estimant que les rapports produits par la Cour des comptes et l’Inspection générale d’État débouchent rarement sur des sanctions administratives ou judiciaires.L’opposant appelle par ailleurs à une transparence accrue dans les marchés publics, réclamant la publication des bénéficiaires effectifs des contrats de l’État ainsi que des mécanismes plus rigoureux de prévention des conflits d’intérêts.Justice et dossier de la « décennie »La note revient également sur le procès de l’ancien régime, souvent désigné comme le dossier de la « décennie ». Biram Dah Abeid considère que cette procédure n’a pas permis d’établir toutes les responsabilités et affirme que plusieurs responsables auraient échappé à toute forme de poursuite, ce qui alimente, selon lui, le sentiment d’une justice sélective.Une politique économique jugée insuffisamment transformatriceSur le plan économique, le leader politique estime que les ressources publiques n’ont pas été suffisamment orientées vers des investissements structurants capables de moderniser durablement le pays.Il critique également la politique fiscale, qu’il juge excessivement lourde pour les ménages et les entreprises, sans amélioration proportionnelle de la qualité des services publics.Concernant les politiques sociales, Biram Dah Abeid reconnaît l’existence de programmes d’assistance, mais considère qu’ils ne sauraient remplacer des politiques créatrices d’emplois durables, de croissance inclusive et d’autonomie économique.
Mandats présidentiels et questions institutionnelles
L’un des points sensibles soulevés concerne l’avenir institutionnel du pays.
Biram Dah Abeid reproche au président Ghazouani de ne pas avoir clairement exclu toute révision constitutionnelle susceptible d’ouvrir la voie à un nouveau mandat après 2029.Il estime qu’une clarification sur cette question serait de nature à renforcer la confiance dans le respect des règles démocratiques.Libertés publiques et cohésion nationaleLa note critique également la situation des libertés publiques. L’opposant dénonce un rétrécissement de l’espace démocratique, évoquant des poursuites visant des opposants, des militants et des députés, ainsi que les effets de la loi sur les symboles nationaux.Sur le plan de la cohésion nationale, Biram Dah Abeid affirme que la réconciliation ne peut être durable sans un traitement du passif humanitaire fondé sur la vérité, la justice et la reconnaissance des victimes.Il affirme également que les lanceurs d’alerte continuent, selon lui, à faire l’objet de poursuites, malgré les engagements officiels en faveur de leur protection.
Les sujets absents de la conférence présidentielle
Enfin, Biram Dah Abeid regrette que plusieurs dossiers sensibles n’aient pas été abordés lors de la conférence de presse présidentielle. Il cite notamment la situation de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, celle des députées emprisonnées, ainsi que la question de la reconnaissance de certains partis politiques.À travers cette réponse détaillée, le président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) oppose deux lectures du bilan des sept années de gouvernance : celle d’un pouvoir mettant en avant des réalisations et des indicateurs de performance, et celle d’une opposition qui estime que les progrès affichés ne se traduisent pas, dans les faits, par une amélioration suffisante des conditions de vie, de la gouvernance et des garanties démocratiques en Mauritanie.