Éducation : Que de moyens à l’école pour d’aussi mauvais résultats…
La réforme de l’École républicaine est désormais une réalité. Elle a profondément modifié le paysage éducatif mauritanien. Mais derrière l’ambition d’unifier le système, une autre réalité s’impose : la massification du public, la disparition progressive du fondamental privé et les insuffisances persistantes de l’encadrement risquent de consacrer le primat de la quantité sur la qualité.La Mauritanie a fait de l’éducation l’un de ses grands chantiers. Depuis plusieurs années, les réformes se succèdent, les infrastructures se développent, les recrutements s’accélèrent et l’État affirme sa volonté de construire une école publique commune.L’objectif d’une école accessible à tous est légitime. Mais l’égalité d’accès ne garantit pas l’égalité des chances.
C’est toute la contradiction du système actuel. En voulant généraliser le public au niveau du fondamental, la réforme a transféré vers une école déjà fragile une masse supplémentaire d’élèves, sans que les conditions pédagogiques suivent toujours.
Le résultat est visible : sureffectifs dans certaines classes, difficultés d’encadrement, absentéisme, suivi insuffisant et disparités importantes entre établissements. La massification a progressé plus vite que la capacité du système à garantir un enseignement de qualité.Le public absorbe, la qualité reculeLa disparition progressive des classes du fondamental dans le privé constitue l’un des changements majeurs de la réforme. Elle répond à une logique d’unification du système éducatif.Mais cette unification pose une question essentielle : que reçoit réellement l’élève une fois admis dans l’école publique ?
Si l’établissement manque d’enseignants, si les classes sont surchargées, si l’absentéisme perturbe les apprentissages et si le suivi pédagogique reste insuffisant, l’égalité proclamée devient une égalité de façade.Le problème n’est pas le choix du public. Il est de faire du public le principal espace de scolarisation sans lui donner partout les moyens humains et pédagogiques d’assurer sa mission.
À force de vouloir scolariser davantage, le système risque ainsi de produire une école qui accueille presque tout le monde mais qui n’enseigne pas suffisamment à tous.
Le bac 2026 comme révélateur
Les résultats du baccalauréat 2026 sont venus rappeler brutalement les limites du système. À peine 13,56 % des candidats présents ont été admis à la session ordinaire, soit 8 188 admis sur 60 376 candidats.Ce résultat ne peut être imputé à la seule réforme de l’École républicaine. Les difficultés de l’enseignement mauritanien sont anciennes et structurelles.
Mais il est impossible de l’ignorer dans l’évaluation globale du système.Un taux d’échec aussi élevé interroge toute la chaîne éducative : niveau des élèves, qualité de l’enseignement, programmes, méthodes pédagogiques, encadrement, assiduité et préparation aux examens.Le bac est aussi un miroir de l’école. Et le miroir renvoie aujourd’hui une image inquiétante.
Recruter n’est pas former
La question des enseignants constitue l’autre faiblesse majeure.Face à l’augmentation des effectifs, l’État a multiplié les recrutements. Mais l’urgence quantitative ne doit pas conduire à sacrifier l’exigence professionnelle.Un enseignant ne se résume pas à un poste pourvu. Il doit maîtriser sa discipline, connaître les méthodes pédagogiques, savoir gérer une classe et accompagner des élèves aux niveaux différents.
Lorsque le recrutement n’est pas précédé d’une sélection exigeante et d’une formation solide, les insuffisances du système se reproduisent naturellement dans la classe.Une école ne peut être meilleure que les enseignants qui la font fonctionner.C’est ici que se révèle la faiblesse d’une École républicaine construite davantage autour des effectifs que des apprentissages. On peut uniformiser les établissements, multiplier les classes et augmenter les recrutements. Si la qualité de l’enseignement ne suit pas, l’édifice reste institutionnellement solide mais pédagogiquement fragile.
Une école à deux vitesses
Le paradoxe est désormais évident.La réforme entend réduire les disparités entre les élèves. Mais en pratique, les écarts peuvent se déplacer à l’intérieur même du système public.Entre une école bien encadrée et une autre confrontée au sureffectif, entre un enseignant régulièrement présent et un autre insuffisamment accompagné, entre une famille capable de financer des cours particuliers et une autre qui ne le peut pas, les conditions de réussite restent profondément inégales.
La suppression progressive du fondamental privé ne supprime donc pas la concurrence scolaire. Elle risque surtout de déplacer les stratégies des familles vers d’autres formes de différenciation.L’égalité scolaire ne consiste pas à mettre tous les élèves dans le même système. Elle consiste à leur garantir une qualité d’enseignement comparable.La quantité ne peut plus tenir lieu de bilan
La Mauritanie peut continuer à construire des écoles, recruter des enseignants et augmenter le nombre d’élèves scolarisés. Ces efforts sont nécessaires.Mais ils ne peuvent constituer le bilan à eux seuls.Le véritable indicateur reste l’apprentissage.
Combien d’élèves savent lire correctement ? Combien maîtrisent les fondamentaux en mathématiques ? Combien arrivent au secondaire avec les acquis nécessaires ? Combien atteignent le baccalauréat avec un niveau correspondant à leurs années de scolarité ?
C’est à ces questions que la réforme doit désormais répondre.
Le temps n’est plus à compter les classes et les recrutements. Il faut compter les acquis.L’école mauritanienne n’a pas seulement besoin de moyens. Elle a besoin d’exigence, de contrôle, de formation et d’évaluation.
Le défi n’est plus de faire entrer davantage d’enfants dans l’école. Il est de faire en sorte qu’ils y apprennent réellement.Jamais autant de moyens n’auront été mobilisés pour des résultats aussi préoccupants. La véritable réforme commence là où les statistiques de scolarisation s’arrêtent : dans la qualité de ce que l’élève apprend.