Quel modèle pour sortir la SOMELEC des ténèbres ?
Au-delà des incendies et des crises à répétition, c’est désormais le modèle de fonctionnement de la société nationale d’électricité qui est posé sur la table. Entre consolidation de la réforme, séparation des métiers, ouverture maîtrisée au privé et transformation numérique, plusieurs scénarios sont possibles. Mais tous convergent vers une même exigence : diagnostiquer avant de décider.
Les incendies qui ont récemment frappé des postes de transformation de la SOMELEC à Nouakchott ne doivent pas être considérés comme de simples accidents techniques. Ils viennent rappeler, avec une brutalité particulière, les fragilités d’un système électrique confronté à une demande croissante, à des infrastructures vieillissantes et à des exigences nouvelles en matière de fiabilité du service.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment réparer les équipements endommagés. Elle est de déterminer quel modèle permettra à la SOMELEC de sortir durablement de l’impasse.
Plusieurs voies sont envisageables. Aucune ne constitue, à elle seule, une solution miracle.
CONSOLIDER PLUTÔT QUE BOULEVERSER
La première option consisterait à consolider la réforme engagée en 2024.
La SOMELEC a été réorganisée autour d’une société mère et de trois filiales consacrées respectivement à la production et au transport, à la distribution et à la commercialisation, ainsi qu’à l’électrification rurale.
Cette architecture peut constituer une base pertinente, à condition de dépasser la simple réforme administrative pour en faire un véritable outil de performance.
Cela suppose des comptes clairement séparés, des responsabilités précisément définies, des contrats de performance, des indicateurs régulièrement publiés et une réelle autonomie de gestion. Mais cette autonomie devrait avoir pour contrepartie une obligation de résultats.
L’enjeu serait alors moins de créer une nouvelle structure que de faire fonctionner réellement celle qui existe déjà.
C’est probablement le scénario le moins perturbateur à court terme. Il présente toutefois une limite : si les dysfonctionnements sont profondément enracinés dans la gouvernance, la gestion ou l’organisation des métiers, une simple consolidation pourrait ne pas suffire.
SÉPARER VÉRITABLEMENT LES MÉTIERS
Une deuxième voie, plus ambitieuse, consisterait à aller plus loin dans la séparation entre production, transport et distribution.
La production pourrait être progressivement ouverte à différents opérateurs, notamment dans les énergies renouvelables et le gaz, tandis que le transport, considéré comme une infrastructure stratégique et un monopole naturel, serait confié à un opérateur de réseau disposant d’une autonomie technique et opérationnelle renforcée.
La distribution, pour sa part, serait soumise à des objectifs précis de qualité de service, de réduction des pertes, de recouvrement et de satisfaction des usagers.
Un tel modèle permettrait également d’intégrer plus facilement les nouveaux producteurs solaires, éoliens ou gaziers dans le système électrique national.
Il suppose cependant une régulation solide, indépendante et suffisamment équipée pour arbitrer les relations entre producteurs, transporteur, distributeurs et consommateurs.
OUVRIR AU PRIVÉ SANS ABANDONNER LE SERVICE PUBLIC
Une troisième option serait celle d’une ouverture maîtrisée au secteur privé.
La Mauritanie a déjà commencé à explorer cette voie à travers des partenariats public-privé dans le secteur énergétique. L’idée ne serait pas de privatiser la SOMELEC, encore moins de dessaisir l’État de ses responsabilités stratégiques.
Il s’agirait plutôt de redéfinir les rôles.
À l’État reviendraient la définition de la politique énergétique, la régulation et la maîtrise des infrastructures stratégiques. Aux investisseurs privés pourraient être confiés, dans un cadre transparent et concurrentiel, des investissements dans la production, le stockage, certaines infrastructures et des services spécialisés.
La SOMELEC pourrait alors évoluer vers un modèle plus performant d’acheteur, de distributeur et de gestionnaire de la relation avec les consommateurs, avec des contrats d’achat d’électricité transparents, compétitifs et contrôlables.
L’ouverture au privé ne devrait donc pas être une fuite en avant, mais un moyen de mobiliser des capitaux, des technologies et des compétences que l’entreprise ne peut pas nécessairement réunir seule.
UNE SOMELEC « SMART » POUR UN RÉSEAU DU XXIᵉ SIÈCLE
Mais aucune réforme structurelle ne pourra être complète sans une véritable révolution numérique.
La SOMELEC doit progressivement passer d’un réseau essentiellement piloté selon des méthodes traditionnelles à un système électrique intelligent.
Supervision en temps réel, télégestion des postes, compteurs intelligents, détection automatisée des fraudes, cartographie numérique du réseau, maintenance prédictive, systèmes d’alerte et gestion numérique des incidents : ces outils ne relèvent plus du luxe technologique.
Ils deviennent des instruments de gestion indispensables.
La transformation numérique permettrait notamment de mieux connaître les flux d’électricité, d’identifier rapidement les pertes techniques et commerciales, d’anticiper certaines défaillances et d’améliorer la facturation.
Le numérique ne doit donc pas être considéré comme un simple projet informatique. Il doit devenir l’un des piliers de la réforme de la SOMELEC.
L’INDISPENSABLE CONTRAT DE PERFORMANCE AVEC L’ÉTAT
Il reste toutefois une question centrale : comment redéfinir les rapports entre l’État et l’entreprise ?
La SOMELEC est à la fois une entreprise appelée à assurer son équilibre économique et un instrument de service public auquel l’État impose des obligations qui ne sont pas toujours compatibles avec une logique strictement commerciale.
Cette ambiguïté doit être levée.
La solution pourrait passer par un véritable contrat de performance pluriannuel entre l’État et la SOMELEC.
L’État définirait clairement ses attentes : disponibilité du réseau, réduction des pertes, limitation des coupures, amélioration du taux de recouvrement, qualité de la tension, délais de raccordement, électrification rurale et niveau d’investissement.
En retour, les obligations de service public imposées à l’entreprise devraient être clairement identifiées et, lorsque cela est nécessaire, compensées financièrement.
Le principe serait simple : davantage d’autonomie pour la gestion, mais davantage de responsabilité sur les résultats.
NE PAS PRIVATISER LE PROBLÈME
À chaque grande crise d’une entreprise publique, la privatisation apparaît comme une solution possible.
Mais le débat ne devrait pas être enfermé dans cette alternative :
SOMELEC publique ou SOMELEC privée.
La véritable question est ailleurs : quel système permettra de garantir une électricité fiable, accessible, financièrement soutenable et capable d’accompagner le développement du pays ?
Le transport, la sécurité énergétique et l’accès universel à l’électricité touchent directement aux intérêts stratégiques de l’État. Ils ne peuvent être abandonnés à la seule logique du marché.
En revanche, la production et certains services peuvent davantage s’ouvrir aux investisseurs privés, à condition que les règles soient transparentes, que les contrats soient contrôlables et que la régulation soit suffisamment forte.
Le modèle à rechercher pourrait ainsi reposer sur un équilibre clair : un État stratège, un régulateur fort, des opérateurs responsables et une ouverture maîtrisée au privé.
LE PRÉALABLE : UN DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE
Mais avant de choisir entre ces différents scénarios, une étape apparaît incontournable : le diagnostic.
Les incendies récents doivent être l’occasion d’aller au-delà de la seule recherche des causes immédiates des sinistres. Ils doivent ouvrir un examen beaucoup plus large de l’état réel de la SOMELEC.
Quel est l’état de ses centrales, de ses postes et de ses transformateurs ? Quel est le niveau de vétusté du réseau ? Quels sont les besoins réels en maintenance ? Où se situent les pertes techniques et commerciales ? Quelle est la situation financière de l’entreprise ? Quel est le niveau réel de ses créances et de ses impayés ? Ses effectifs correspondent-ils à ses besoins ? Dispose-t-elle des compétences nécessaires pour gérer les technologies nouvelles ?
Autant de questions auxquelles il faut répondre avant de dessiner un nouvel organigramme.
Car réformer sans diagnostiquer reviendrait à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes.
VERS UNE NOUVELLE DOCTRINE ÉLECTRIQUE
La SOMELEC ne peut plus être évaluée uniquement à l’aune du nombre de centrales dont elle dispose ou des mégawatts installés.
La véritable mesure de sa performance doit désormais porter sur la continuité du service, la robustesse du réseau, la maîtrise des coûts, la santé financière de l’entreprise, la qualité de la distribution et sa capacité à accompagner les mutations économiques et technologiques du pays.
La réforme de 2024 a posé une nouvelle architecture. Les crises successives invitent désormais à mesurer son efficacité réelle, à identifier ses insuffisances et, si nécessaire, à aller plus loin.
La prochaine réforme ne devrait donc pas commencer par un nouvel organigramme.
Elle devrait commencer par un état des lieux.
Un diagnostic technique, financier, humain, commercial et organisationnel, réalisé sans complaisance.
Un diagnostic capable de déterminer ce qui fonctionne encore, ce qui doit être réformé, ce qui doit être remplacé et ce qui doit être entièrement repensé.
Car la SOMELEC de demain ne pourra pas être simplement une version améliorée de celle d’hier.
Elle devra être capable de gérer un système électrique plus complexe, plus numérique, davantage décentralisé, largement alimenté par les énergies renouvelables et progressivement connecté aux réseaux régionaux.
Sortir la SOMELEC des ténèbres ne consiste donc pas seulement à rallumer la lumière après chaque panne. Il s’agit de construire un système suffisamment robuste pour empêcher, demain, que la lumière ne s’éteigne.
Ne pas privatiser le problème
À chaque grande crise d’une entreprise publique, la privatisation apparaît comme une solution possible.Mais le débat ne devrait pas être enfermé dans cette alternative :
SOMELEC publique ou SOMELEC privée.
ALa véritable question est ailleurs : quel système permettra de garantir une électricité fiable, accessible, financièrement soutenable et capable d’accompagner le développement du pays ?Le transport, la sécurité énergétique et l’accès universel à l’électricité touchent directement aux intérêts stratégiques de l’État. Ils ne peuvent être abandonnés à la seule logique du marché.En revanche, la production et certains services peuvent davantage s’ouvrir aux investisseurs privés, à condition que les règles soient transparentes, que les contrats soient contrôlables et que la régulation soit suffisamment forte.Le modèle à rechercher pourrait ainsi reposer sur un équilibre clair : un État stratège, un régulateur fort, des opérateurs responsables et une ouverture maîtrisée au privé.Le préalable : un diagnostic sans complaisanceMais avant de choisir entre ces différents scénarios, une étape apparaît incontournable : le diagnostic.Les incendies récents doivent être l’occasion d’aller au-delà de la seule recherche des causes immédiates des sinistres. Ils doivent ouvrir un examen beaucoup plus large de l’état réel de la SOMELEC.Quel est l’état de ses centrales, de ses postes et de ses transformateurs ? Quel est le niveau de vétusté du réseau ? Quels sont les besoins réels en maintenance ? Où se situent les pertes techniques et commerciales ? Quelle est la situation financière de l’entreprise ? Quel est le niveau réel de ses créances et de ses impayés ? Ses effectifs correspondent-ils à ses besoins ? Dispose-t-elle des compétences nécessaires pour gérer les technologies nouvelles ?Autant de questions auxquelles il faut répondre avant de dessiner un nouvel organigramme.Car réformer sans diagnostiquer reviendrait à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes.Vers une nouvelle doctrine électriqueLa SOMELEC ne peut plus être évaluée uniquement à l’aune du nombre de centrales dont elle dispose ou des mégawatts installés.La véritable mesure de sa performance doit désormais porter sur la continuité du service, la robustesse du réseau, la maîtrise des coûts, la santé financière de l’entreprise, la qualité de la distribution et sa capacité à accompagner les mutations économiques et technologiques du pays.La réforme de 2024 a posé une nouvelle architecture. Les crises successives invitent désormais à mesurer son efficacité réelle, à identifier ses insuffisances et, si nécessaire, à aller plus loin.La prochaine réforme ne devrait donc pas commencer par un nouvel organigramme.Elle devrait commencer par un état des lieux.Un diagnostic technique, financier, humain, commercial et organisationnel, réalisé sans complaisance.Un diagnostic capable de déterminer ce qui fonctionne encore, ce qui doit être réformé, ce qui doit être remplacé et ce qui doit être entièrement repensé.Car la SOMELEC de demain ne pourra pas être simplement une version améliorée de celle d’hier.Elle devra être capable de gérer un système électrique plus complexe, plus numérique, davantage décentralisé, largement alimenté par les énergies renouvelables et progressivement connecté aux réseaux régionaux.Sortir la SOMELEC des ténèbres ne consiste donc pas seulement à rallumer la lumière après chaque panne. Il s’agit de construire un système suffisamment robuste pour empêcher, demain, que la lumière ne s’éteigne.