GRAND ENTRETIEN Ba Ousmane Secrétaire permanent du Parti INSAF dans le Trarza
« Nous voulons une Mauritanie forte de la volonté et des choix de son peuple, unie dans sa diversité et résolue à préserver sa cohésion sociale et son unité nationale »
Secrétaire permanent du Parti INSAF dans le Trarza, Ba Ousmane livre, dans cet entretien, sa lecture de la vision présidentielle et des principaux enjeux auxquels la Mauritanie est confrontée. De l’appel du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au dialogue national inclusif aux défis liés à la recomposition de l’ordre mondial, en passant par les transformations sociétales, la citoyenneté, le vivre-ensemble et le développement local, il défend une démarche fondée sur la continuité, l’inclusion et la responsabilisation citoyenne. Il est l’invité du MAGAZINE LE RENOVATEUR
Le Rénovateur : Le Président de la République a invité les Mauritaniens à s’interroger sur une question fondamentale : « Quelle Mauritanie voulons-nous ? » Comment comprenez-vous cet appel ?
Ba Ousmane : Je le comprends d’abord comme l’expression d’une certaine constance dans sa vision et sa méthode de gouvernance, fondées sur l’inclusion, aussi bien dans le fond que dans la forme.
Il faut se souvenir de deux moments importants de son parcours.
Le premier remonte à sa déclaration de candidature, en mars 2019. Il avait alors affirmé qu’il ne ferait pas table rase du passé, reconnaissant que les différents régimes qui s’étaient succédé avaient contribué, à des degrés divers, à la construction du pays.
Pour lui, la Mauritanie doit être construite par tous ses fils. C’est dans cette logique que j’inscris notamment sa référence à feu Mokhtar Ould Daddah dans sa déclaration d’Atar, le 20 septembre dernier.
Le second moment est le Festival des villes anciennes de Ouadane, en 2020-2021, où il avait appelé les Mauritaniens à se débarrasser des formes d’archaïsme qui entravent la citoyenneté et entretiennent des identités particularistes incompatibles avec les valeurs républicaines.
Il y défendait une Mauritanie fondée sur la justice, l’inclusion, l’acceptation mutuelle et le vivre-ensemble, débarrassée des considérations liées notamment au statut social. La citoyenneté doit primer.
Cette orientation a également été confortée par l’Appel de Jowol, fondé sur le vivre-ensemble et le républicanisme national.
Ainsi, lorsqu’il pose aujourd’hui la question « Quelle Mauritanie voulons-nous ? », il s’inscrit dans une démarche qui vise à placer l’esprit républicain au-dessus des considérations particulières.
Le Rénovateur : Au-delà de cette vision, qu’est-ce qui motive, selon vous, cette démarche présidentielle ?
Ba Ousmane : Ce qui la motive, c’est d’abord une certaine manière d’appréhender les enjeux du pays.
À travers ses différentes interventions, je perçois une préoccupation constante pour l’avenir de la Mauritanie et pour son devenir face aux mutations sociologiques et géopolitiques.
La question qui semble revenir est celle de ce que nous devons transmettre aux générations futures en matière de cohésion sociale, de vivre-ensemble et de valeurs fondamentales.
J’y vois une gouvernance qui prend en compte à la fois le passé, le présent et l’avenir.
Il cherche aussi à développer chez les citoyens un sentiment de responsabilité : accepter l’autre, respecter les valeurs communes, comprendre les différences et contribuer à la construction du pays.
Cette démarche a également ouvert un espace de dialogue avec l’opposition, dont certains acteurs reconnaissent son ouverture et sa disposition à écouter.
Elle intervient par ailleurs dans un contexte international devenu plus incertain et marqué par de profondes transformations. Face à ces mutations, chacun doit comprendre le rôle qu’il a à jouer.
Le Président place notamment l’élite devant ses responsabilités. Celle-ci constitue, d’une certaine manière, une conscience de la société. Elle doit réfléchir aux défis sociaux et politiques, ainsi qu’à la recomposition de l’ordre mondial.
Quelle Mauritanie devons-nous construire pour préserver notre souveraineté dans ses différentes dimensions ? Il nous invite ainsi à anticiper les changements plutôt qu’à les subir.
Le Rénovateur : Selon vous, concrètement, à quoi devrait-elle ressembler ?
Ba Ousmane : En tant que militant, je pense que les deux programmes électoraux du Président de la République, « Taahoudaty » et « Mon Ambition pour la Mauritanie », apportent déjà des éléments de réponse.
Nous voulons une Mauritanie forte de la volonté et des choix de son peuple, unie dans sa diversité et résolue à préserver sa cohésion sociale et son unité nationale.
Nous voulons une Mauritanie du mieux-vivre ensemble, débarrassée des tares sociales, où la citoyenneté est pleine et entière et où les valeurs sociétales sont préservées et renforcées.
Nous voulons également un pays capable de valoriser et de transformer ses ressources naturelles afin de garantir une croissance économique durable.
Une Mauritanie où l’égalité des chances devient une réalité, notamment grâce à l’accès de tous à l’école. C’est précisément l’objectif de l’École républicaine.
Ces orientations figurent, pour l’essentiel, dans les deux programmes présidentiels. C’est dans cette perspective que le Président invite les Mauritaniens à réfléchir au pays qu’ils souhaitent construire.
Le prochain dialogue national annoncé doit permettre à la classe politique, à l’élite et à l’ensemble des citoyens de réfléchir à des évolutions constructives de notre modèle de gouvernance, afin de l’adapter aux transformations du monde et à nos ambitions nationales.
Dans toute démocratie, le peuple doit rester à la fois l’arbitre et le bénéficiaire des changements destinés à faire avancer le pays. Il ne doit pas être pris en otage par les querelles d’une classe politique parfois fluctuante dans ses principes et sa vision.
Dans beaucoup de pays du monde, les institutions et les politiques publiques sont aujourd’hui adaptées à de nouvelles réalités. La Mauritanie ne peut pas rester en dehors de cette dynamique de réflexion.
Le Rénovateur : La question des réformes constitutionnelles s’est invitée dans le débat ces derniers temps. Quelle lecture en faites-vous en tant qu’acteur politique ?
Ba Ousmane : Je préfère modestement répondre en tant que citoyen.
Des voix s’élèvent et accusent certaines formations de la majorité de vouloir introduire la question des réformes constitutionnelles dans le débat. Mais à ceux qui soulèvent ce sujet, je poserais une question : notre Constitution est-elle restée intacte depuis l’indépendance ?
Non. Elle a connu plusieurs modifications.
La question est donc de savoir pourquoi ces modifications sont intervenues. Elles répondaient notamment à la nécessité d’adapter la Loi fondamentale à l’évolution de la société et de rechercher des consensus sur des questions d’intérêt général.
Sommes-nous une société statique ou dynamique ? C’est la question que chacun doit se poser.
Au-delà de la question des mandats, certains citoyens demandent pourquoi la Constitution devrait rester inchangée, tandis que d’autres souhaitent sa révision pour l’adapter aux évolutions de la société et aux exigences du vivre-ensemble.
Certains vont même jusqu’à proposer une nouvelle Constitution correspondant davantage à notre histoire, dans une logique de refondation de la Mauritanie.
Il faut relever que certaines propositions de réforme sont également portées par des acteurs de l’opposition. Ce sont des opinions qui s’expriment, et cela est légitime dans une société démocratique.
Le pouvoir et la classe politique ont naturellement un rôle dans le processus de réforme constitutionnelle, mais le peuple demeure le garant de la Constitution. C’est dans cette perspective qu’il faut considérer le débat.
Au niveau du parti, nous sommes engagés dans la préparation du dialogue national. Nous sommes à l’écoute des préoccupations de notre base et disposons d’une feuille de route qui sera soumise à la discussion avec les partis de la majorité.
Le Rénovateur : Dernier volet de cet entretien : le développement local et les assises régionales lancées par le gouvernement. Quel bilan en tirez-vous ?
Ba Ousmane : C’est, à mes yeux, une concrétisation de la vision d’une gouvernance plus inclusive.
L’approche des programmes régionaux constitue une forme de responsabilisation des collectivités locales. Les assises régionales de concertation permettent aux populations d’exprimer directement leurs préoccupations et leurs priorités en matière de développement.
Au-delà des investissements dans les infrastructures de base — routes, agriculture, énergie, éducation ou santé — l’intérêt de cette démarche réside dans la possibilité donnée aux collectivités et aux citoyens de participer à la définition de leurs priorités.
C’est une véritable évolution dans la manière d’aborder le développement local.
Nous disposons d’un potentiel économique important qui reste sous-exploité, notamment en raison de certaines insuffisances de la gouvernance locale et de pratiques qu’il faut dépasser.
Il faut donc redonner confiance au citoyen et lui permettre de participer à la définition du modèle de développement de sa collectivité.
Les communes, les conseils régionaux, les opérateurs économiques et les organisations de la société civile doivent pouvoir se retrouver autour de la même table pour définir ensemble les priorités de leurs territoires.
Cette dynamique reste perfectible. Tout ne peut pas être réalisé immédiatement. Mais avec de la volonté et de l’engagement, les choses peuvent avancer.
Je tiens également à saluer la célérité et la dynamique du gouvernement, sous l’impulsion du Premier ministre, qui accompagne cette démarche et contribue à la concrétisation de la vision présidentielle en matière de gouvernance.
C’est à cela que s’attèle le Parti INSAF ces derniers temps, sous la direction de Mohamed Ould Bilal Messaoud, pour accompagner et vulgariser les orientations du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui sont mises en œuvre par le gouvernement. Le Parti INSAF saisit ainsi les enjeux de ce tournant pour préserver son leadership national.

