Grand Tortue Ahmeyim : l’échéance reculée pour 2024

Le gaz découvert sur la frontière maritime entre la Mauritanie et le Sénégal pourrait, dans les prochaines années, être le facteur déclenchant d’une profonde transformation de l’économie de ces deux pays qui ont décidé de se mettre à deux, en engageant les sociétés BP et Kosmos Energy dans l’ensemble du processus conduisant à la commercialisation de la production du champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Mais le recul de l’échéance, pour la production (premier semestre de 2024) commence à inquiéter après les reports de 2022 et de 2023.

 

La Mauritanie comme pays producteur de gaz et acteur de premier plan en Afrique n’est plus qu’une question de mois. Le ministre du Pétrole, des mines et de l’Energie vient de fixer le nouveau cap pour le premier semestre de 2024, ce qui laisse supposer que la société BP qui pilote le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), et son partenaire Kosmos Energy, ont rencontré des difficultés pour réaliser leur agenda à la date retenue jusque-là (2023) pour mettre le gaz mauritano-sénégalais sur le marché mondial.

Au regard de l’historique de l’exploration pétrolière (au sens large du terme) en Mauritanie, Grand Tortue Ahmeyim (GTA) est l’aboutissement d’une recherche dont les débuts se confondent avec les années de l’indépendance, et même au-delà. Des présomptions et des indices ont souvent alimenté les espoirs mais c’est seulement dans les années 90 du siècle dernier que les recherches ont abouti à plusieurs découvertes dans le bassin côtier dont la plus importante était Chinguetti. Du pétrole, certes en quantité faible, mais les découvertes, dans le domaine du gaz (GTA, BirAllah, Pélican, Banda) sont autant de promesses pour l’essentiel en offshore.

L’aventure du gaz mauritanien a commencé quand la société américaine Kosmos Energy annonce la découverte de gaz dans les champs de GTA et de Bira Allah (plus grande  découverte  au monde en 2015) ainsi que de  potentielles réserves dans d’autres sites (Pélican, Banda). Les experts en le domaine pensent que ce gaz pourrait jouer un grand rôle dans l’essor économique de la Mauritanie faisant du pays un pôle énergétique important dans la sous-région. De par la position stratégique de la Mauritanie.

En effet, la Mauritanie se situe au croisement de plusieurs zones de fret dans le monde (Europe, Amérique). Elle pourrait profiter de cette position géostratégique privilégiée sur la côte atlantique, avec une longueur d’environ 754 kilomètres pour proposer son gaz avec des avantages comparatifs certains : elle est proche de l’Europe et dispose de liaisons directes avec des marchés régionaux importants : Algérie, Mali, Maroc, Sénégal.

C’est cette position qui favorise, avec la découverte du gaz, les ambitions de développement économique de la Mauritanie. Le champ GTA, à cheval entre la Mauritanie et le Sénégal, est le premier projet de gaz exploitable alors qu’on était nettement orienté vers la production de l’énergie à partir du gaz en envisageant plutôt le développement de Banda, une découverte située complètement en offshore mauritanien. Les réserves sont de classe mondiale : 450 milliards de mètres cubes, pour GTA (avec une production annuelle de 2,5 MT/an). Les développeurs BP et Kosmos tablent sur des revenus d’environ 151 millions de dollars US par an ! La Mauritanie recevrait quelque 19 milliards USD durant toute la durée de vie du projet estimée à 30 ans.

Sur une distance de 20 km à l’est de Nouakchott, le champ de Banda contient des réserves de gaz naturel estimées à près de 1 trillion PC (Pied cube, unité de mesure de volume). Le gisement de gaz naturel de pélican, à son tour, est estimé entre 1 et 1.5 Trillion PC qui peuvent être ajoutés à ceux du champ d’huile « Aigrette » pour renforcer la faisabilité économique. La plus récente de ces découvertes est celle d’Ahmeyim (2015), ce champ de gaz qui fait aujourd’hui l’actualité et que la Mauritanie a en partage avec le Sénégal et dont les réserves prouvées dépassent 20 trillions PC. Mais c’est le champ de Birallah, évalué à quatre fois les réserves de GTA, et se situant complètement dans la ZEE de la Mauritanie, avec 80 trillions de mètres cubes de gaz (plus de 10% des réserves de gaz en Afrique) qui fonde la stratégie nationale de la Mauritanie dans le domaine de la transition énergétique.

Toutes ces découvertes de gaz naturel placent la Mauritanie au 3ème rang en Afrique, après l’Algérie et le Nigéria.

Mais en attendant les retombées de l’exploitation de cette précieuse ressource, la Mauritanie apprécie déjà les retombées du développement du champ GTA à travers le regain d’activités que connait le Port Autonome de Nouakchott dit Port de l’Amitié (PANPA) avec des opérations d’acheminement et de stockage de matériaux et d’équipements utilisés dans le développement de Grand Tortue Ahmeyim. Le PANPA aurait ainsi engrangé, au cours de ces trois dernières années, quelque 25 millions de dollars US en assurant des services aux sociétés impliquées dans les travaux de GTA.

Il reste toutefois que le plus grand bénéfice que tirera la Mauritanie de l’exploitation du gaz sera la production de l’énergie (électricité) à prix réduit. Celle-ci pourrait alors être utilisée dans les projets de désalinisation et de création de villes côtières, en plus de l’introduction en Mauritanie de véhicules fonctionnant au gaz, ce qui favorisera sans doute la baisse des prix du transports et, donc, ceux des produits de première nécessité.

A ceci s’ajoute le rôle important que peut jouer notre entreprise nationale : la SMHPM dans le développement du secteur. Cet opérateur doit être associé, en vertu des contrats CEPs (contrat exploration-production), aux opérations futures de tous les contractants. Sa présence dans le secteur sera fortifiée dans les années à venir suite à l’instauration récemment, au niveau des CEPs, de la contribution financière pour le renforcement de ses capacités. L’objectif ultime est de permettre à la SMHPM, à moyen terme, d’avoir ses propres contrats sur des blocs tant bien en offshore qu’en onshore et d’être à même d’y exercer, d’une façon autonome, les diverses opérations pétrolières (exploration, évaluation, développement et exploitation).

Ce développement, conjugué avec une stabilité politique et un climat d’affaires transparent et attrayant, permet aujourd’hui à la Mauritanie de susciter l’intérêt de sociétés pétrolières possédant l’expérience technique et la solidité financière pour entamer de grands projets d’exploration et de développement au niveau de l’offshore Mauritanien.

 

Sneiba Mohamed

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *