Les secteurs clé de l’économie nationale périclitent les uns après les autres. Après la faillite
de la société nationale industrielle et minière (SNIM) c’est le tour du géant de la
commercialisation des ressources halieutiques d’être au bord du chavirement. La crise
qui frappe actuellement de pleines vagues la société mauritanienne de
commercialisation du poisson s’annonce la plus fatale de son existence. Depuis près d’un
an, une situation inédite prévaut à la SMCP qui se caractérise par la présence dans les
usines de stockage, d’une importante quantité de poulpe congelé, que la société est
toujours dans l’incapacité de commercialiser.

Ce blocage provient d’une augmentation successive et corrosive du niveau des prix, décidée
par la commission de fixation des prix de vente, présidée par le Directeur Général de la
SMCP comme indiqué dans les différentes séries affichées sur le site de la société.
Cette mesure aurait été prise , sans tenir compte des prix pratiqués sur le marché
international, et que depuis la première augmentation ,le 15 mars 2018, de 1000 US dollars
sur le prix de la tonne de poulpe congelé, les clients avaient déjà commencé à se retirer,
pour s’orienter vers d’autres marchés, pour s’approvisionner suffisamment en (poulpe ou
produits de substitution) destinés aux fêtes de fin d’année, en Asie et en Europe.
Malgré l’absence sur notre marché des principaux acheteurs, qui continuaient cependant à
suivre la constitution des stocks par la présence de leurs classificateurs dans les usines
nationales , le Directeur Général de la SMCP, premier responsable de la commercialisation,
avec l’appui de certains membres de la commission, a continué à harponner, procédant au
départ par une augmentation successive de 1000 US dollars par tonne jusqu’au 16 juillet
2018, puis de seulement 100 US dollars le 17 juillet 2018.
L’incroyable semble-t-il , est que les décisions étaient prises à chaque réunion de la
commission, de la manière la plus légère, où la proposition du Président appuyée seulement
par deux ou trois membres influents, est avalisée alors que ces derniers sont pourtant en
devoir de mettre le Directeur Général en garde, contre des conséquences fâcheuses qui
pourraient survenir en pareilles situations.
Ainsi donc, à la veille du dernier arrêt biologique (31 octobre 2018 pour la pêche hautière et
côtière, puis 15 novembre 2018 pour la pêche artisanale), plusieurs indices avaient été
observés, qui prouvaient clairement qu’une situation de mévente profilait à l’horizon.
Ceci a amené la commission des prix à décider d’une révision du plafonnage des prix,
successivement de 1000 le 21 septembre 2018, puis de 1500 US dollars par tonne le 19
octobre 2018, pour inciter les clients à acheter le poulpe entreposé.

Peine perdue, car les clients s’étaient déjà rués sur d’autres marchés à travers le monde
(Maroc, Chili, Argentine, Yémen, Mexique, etc).
C’est alors qu’un stock important d’environ 6000 tonnes en majorité la production des
congélateurs, composé essentiellement de grandes tailles (T3, T4, T5) est resté non vendu
jusqu’au terme de la période prévue pour l’arrêt biologique.
Ce serait d’ailleurs le seul stock déclaré à la SMCP  au moment où d’autres produits seraient
entreposés dans différentes usines à Nouakchott et à Nouadhibou, dont le volume et la
qualité ne seraient connues que par leurs propriétaires.
Face à un tel risque de trimballage d’une quantité si faramineuse devant une reprise
imminente, les producteurs ont sollicité auprès des Autorités une rallongé de l’arrêt, pour
permettre ainsi à la SMCP de vendre cette quantité dont la présence dans les entrepôts
pourrait fortement impacter la commercialisation, si une nouvelle production venait à
gonfler le stock invendu.
Cette décision de report de la reprise des activités n’a eu aucune incidence sur le
mouvement du stock qui reste entreposé à ce jour. La pêche artisanale a ainsi repris le 7
décembre 2018, et la pêche hauturière et côtière le 21 décembre 2018.
Face à cette situation, et contre toute attente, alors même que le stock actuel de poulpe
entreposé dépasserait les 7000 tonnes,le Directeur Général aurait imposé lors de la réunion
du 14 décembre 2018,une restauration des 1500 US dollars initialement déduites des prix
fixés au 19 octobre 2018.
Ce niveau de prix restera en vigueur jusqu’au 15 janvier 2018, pendant que le volume des
stocks croit, avec le démarrage de la pêche hauturière et côtière, et la reprise imminente des
activités de pêche au Maroc.
Des questions qui appellent à des réponses urgentes
– Le Directeur Général est-il conscient de la situation grave à laquelle la Mauritanie fait
face en ce moment précis, compte tenu de cette crise évidente ?
– Agirait-il seul, ou en complicité avec des lobbies ?
– serait-il tout simplement l’otage d’une main puissante et invisible ?
La SMCP qui ne cesse de prendre de l’eau salée et qui dans le passé fut secouée par de
violents courants marins qui ont fortement entamé la situation socio-économique du pays
(2008/2009, 2010,2012,2014,2016) est actuellement au bord du déluge. Le DG gagné par
un grand coup de froid, au lieu de trouver rapidement des solutions, continue à s’abriter
dans l’différence sous la toison alors que la crise s’emballe. Doit-il revisiter les archives
pour savoir que la pêche artisanale qui est née en 1984 avec la création de la SMCP
représente aujourd’hui plus de 80% de la production congelée commercialisée par la SMCP ?

Au sommet, c’est le silence de la carpe
Pendant que la situation est très grave, c’est toujours le silence de la carpe qui
prévaut au somment. Si des dispositions urgentes et objectives ne sont pas prises
pour garantir une sécurité dans la commercialisation, la pêche artisanale risque de
subir une fâcheuse perturbation sachant que ce segment est un outil indispensable
pour la lutte contre la pauvreté. A terme, beaucoup d’opérateurs mettront la clé
sous le paillasson, laissant en rade plusieurs milliers de travailleurs. Déjà la crédibilité
de la SMCP est entamée auprès de l’ensemble des principaux clients et il faudrait
manœuvrer avec force et intelligence pour espérer restaurer une confiance
désormais mise à mal par la situation actuelle qui a affecté fortement l’assiette des
recettes en devises. Face à cet imbroglio la SMCP disposerait- elle des ressources
nécessaires pour relever le défi, et avec quelles stratégies sortira-t-elle la tête de
l’eau pour se tirer du naufrage

(A suivre…)