Mauritanie : Quel statut social pour les artistes ?
Si la Mauritanie progresse sur le plan législatif, la précarité sociale des créateurs reste entière. Lors d’un forum inédit à l’Institut Français de Mauritanie (IFM), experts et artistes ont réclamé une véritable protection face au vide social et aux blocages culturels.
La loi de 2024 : une avancée à concrétiser
Le texte du 20 février 2024 et son décret d’application ont officiellement acté l’existence juridique de la profession d’artiste en Mauritanie. Le pays s’est doté d’un Conseil des professionnels des arts et d’un Ministère de la Culture élargi. Pourtant, sur le terrain, cette reconnaissance reste théorique et peine à changer le quotidien des acteurs culturels.
L’artiste : un travailleur sans sécurité sociale
Invité au forum, l’expert sénégalais Aziz Dieng (ex-OMPI) a mis le doigt sur le vrai problème : l’absence de couverture maladie et de retraite. En Afrique, les systèmes de sécurité sociale ne conçoivent les droits que pour les salariés traditionnels. Pour lui, la solution passe par la « présomption de salariat » : chaque prestation doit être un contrat de travail ouvrant droit à des cotisations sociales. Face à l’urgence, il propose d’aider bénévolement la Mauritanie à moderniser ses textes.
Du pillage numérique à la transmission familiale
À l’ère du streaming, l’absence de statut et de formation pousse les jeunes vers l’amateurisme. Ils diffusent leurs œuvres sans les enregistrer, enrichissant les plateformes à leur insu. La star du Hip-Hop Didier Awadi a rappelé l’importance de protéger ses créations, prenant l’exemple de Manu Dibango, dont le patrimoine met aujourd’hui ses enfants à l’abri grâce à la protection stricte de ses droits d’auteur face à des géants mondiaux.
Le poids des barrières socioculturelles
En Mauritanie, le combat n’est pas seulement juridique, il est aussi sociétal. Mohamed Ould Abba a dénoncé le discours religieux radical qui diabolise la musique, ainsi que les stratifications sociales traditionnelles qui relèvent les griots au rang de citoyens de seconde zone. Pour la militante Aicha Mint Chighali, le salut ne viendra pas de l’État : c’est aux artistes de sortir de leur sommeil pour imposer leur dignité sociale.


