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Mali – Mauritanie : 35 Mauritaniens arrêtés entre vigilance et risque d’amalgame

L’arrestation de 35 ressortissants mauritaniens au Mali les 2 et 3 août 2026 suscite de nombreuses interrogations à Nouakchott comme à Bamako. Présentés dans certains récits comme de possibles infiltrés, ces voyageurs sont toujours entendus par le pôle judiciaire malien spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.Contrairement aux premières informations évoquant une vingtaine d’arrestations, ce sont bien 35 personnes qui sont concernées. Un premier groupe de 18 a été intercepté le 2 août à Bamako. Le lendemain, 17 autres, dont une femme, ont été arrêtés à Kati après la panne du car qu’ils avaient loué collectivement. Selon des témoins, ils attendaient la réparation du véhicule lorsqu’ils ont été encerclés par les forces de sécurité. Une foule hostile serait également arrivée, proférant insultes et accusations, avant l’intervention des forces de l’ordre. À ce stade, aucune preuve publique n’établit de lien avec une organisation terroriste.Face à cette situation, Nouakchott s’est rapidement mobilisé. Dans un communiqué du 4 août, le ministère des Affaires étrangères a indiqué que plusieurs institutions avaient été saisies sur instructions du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Le ministère des Affaires étrangères, celui de la Défense et les services de sécurité ont engagé des contacts avec Bamako afin d’élucider les circonstances de l’interpellation et d’œuvrer au retour sécurisé des ressortissants.Selon les informations disponibles, les personnes arrêtées revenaient de Côte d’Ivoire, où plusieurs exerceraient des activités commerciales, et regagnaient la Mauritanie via Bamako, Kolokani, Diéma, Nioro et Gogui. Le déplacement collectif en car est une pratique courante pour réduire les coûts. Dans un contexte sécuritaire dégradé, le Mali est en droit de contrôler les déplacements et de vérifier les identités. Pour autant, un contrôle renforcé ne saurait automatiquement se traduire par une qualification de terrorisme.Le Mali fait face à une menace réelle et la vigilance s’impose. Mais la lutte antiterroriste exige aussi du discernement. Un groupe armé ne se déplace pas nécessairement ouvertement dans un car collectif. Pour établir un lien avec une organisation terroriste, il faut des éléments concrets : communications, contacts, armes, financements. En l’absence de tels éléments rendus publics, il est prématuré de présenter ces 35 Mauritaniens comme des infiltrés.Au Sahel, le risque d’amalgame est particulièrement élevé. Les populations circulent au-delà des frontières depuis des générations et les liens familiaux et commerciaux entre la Mauritanie et le Mali sont profonds. Transformer des voyageurs ou des commerçants en suspects collectifs peut avoir l’effet inverse de celui recherché : alimenter la méfiance et détériorer les relations entre communautés.Dès lors, la justice malienne a la responsabilité de faire la part entre le soupçon et la preuve, tandis que la Mauritanie a le devoir de défendre ses ressortissants. La question centrale reste simple : quels éléments précis justifient ces interpellations ? La réponse doit venir de l’enquête, et non de la rumeur. Dans un contexte marqué par la peur, la sécurité exige de la vigilance, mais surtout de savoir distinguer le voyageur du combattant. Au-delà du sort des 35 personnes, c’est la confiance entre deux pays voisins qui est en jeu.

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