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Politique

Mauritanie : Paysage politique suspendu au troisième mandat

En Mauritanie, le débat politique se déplace progressivement du bilan du second mandat vers la question de l’après-2029. Alors que Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani n’a pas encore achevé la moitié de son second mandat, les appels en faveur d’un troisième mandat ont commencé à occuper une place croissante dans le débat public.Réélu en 2024, le président devait consacrer ce nouveau mandat à la consolidation des réformes et à la mise en œuvre de son programme. Mais l’horizon de 2029 s’est déjà invité dans les discussions politiques, créant une nouvelle ligne de fracture entre les soutiens à une éventuelle prolongation et une opposition qui y voit une remise en cause de la limitation constitutionnelle.

Le dialogue, un long prélude

Le dialogue national, présenté comme l’une des principales séquences politiques du second mandat, a connu une longue phase préparatoire. Son document de référence n’a été signé que le 14 juillet 2026, après quatorze mois de consultations avec les partis, la société civile et différentes personnalités.Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers sensibles : système électoral, gouvernance, cohésion sociale, école républicaine et règlement de certaines questions historiques. Mais, au-delà de son contenu, le processus a surtout occupé durablement l’espace politique sans encore déboucher sur une nouvelle architecture clairement identifiable.

Le troisième mandat s’impose dans le débat

C’est dans ce contexte que la question du troisième mandat a pris de l’ampleur. Plusieurs personnalités proches de la majorité ont publiquement défendu cette perspective. Le porte-parole du gouvernement avait également indiqué, en juin 2026, que la question des mandats présidentiels avait été évoquée lors des consultations préparatoires, tout en précisant que le président demeurait neutre sur les propositions avancées. La Constitution limite actuellement à deux le nombre de mandats présidentiels. Aucune modification permettant un troisième mandat n’est, à ce stade, annoncée comme décidée. Le débat reste donc celui des prises de position et des hypothèses.

Une opposition en réaction

Face à cet agenda, l’opposition évolue largement au rythme des initiatives du pouvoir : dialogue, consultations, rencontres politiques et désormais débat sur l’après-2029

.La participation de plusieurs composantes de l’opposition aux consultations peut favoriser le dialogue politique, mais elle l’expose aussi au risque de rester dans une position essentiellement réactive. La question devient alors moins celle de l’échéance de 2029 que celle de la place qu’elle occupe déjà dans le débat national.

2029 avant l’heure

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a été élu en 2019 puis réélu en 2024. Son second mandat doit s’achever en 2029. Plusieurs scénarios peuvent théoriquement être envisagés : respect de la limitation actuelle et préparation d’une succession, émergence progressive d’un successeur au sein de la majorité ou ouverture d’un débat institutionnel sur le cadre constitutionnel. Aucun de ces scénarios n’est aujourd’hui arrêté. Cette incertitude suffit cependant à modifier les comportements politiques. Les ambitions se manifestent, les réseaux se positionnent et les partis cherchent à mesurer les rapports de force.Les tournées présidentielles à l’intérieur du pays prennent également place dans ce nouveau contexte. Elles relèvent des activités ordinaires du chef de l’État, mais leur dimension politique est désormais observée à travers l’horizon de 2029.

Le temps comme enjeu politique

Depuis plus d’un an, la scène politique avance ainsi par séquences : préparation du dialogue, consultations, rencontres, puis déplacement progressif du débat vers le troisième mandat.À quelques mois de l’entrée dans la troisième année du second mandat, la question n’est pas encore de savoir qui succédera à Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Elle est plutôt de savoir quand et comment commencera réellement la bataille politique de l’après-2029 .Plus cette échéance sera anticipée, plus elle risque de peser sur le reste du second mandat, sur le dialogue politique, les recompositions partisanes et les rapports entre majorité et opposition.

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