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Santé

Nouachott sous les eaux , à ciel ouvert !

il aura suffi de quelques heures de pluie pour replonger Nouakchott dans ses vieux démons : routes transformées en mares, quartiers difficiles d’accès, véhicules immobilisés et habitants contraints de composer avec une eau qui, faute de voies d’évacuation suffisantes, cherche désespérément son chemin.La capitale a une nouvelle fois pris des allures de ville sinistrée. Dans plusieurs quartiers, la pluie avait cessé depuis longtemps que ses effets, eux, continuaient de se faire sentir. Les eaux stagnent, les déplacements deviennent périlleux et les équipes d’intervention s’activent pour tenter de libérer les principaux axes.Au milieu de cette désolation, la visite du Premier ministre dans les zones touchées est venue rappeler l’urgence de la situation. Sur le terrain, il a pu constater l’ampleur des difficultés et suivre les opérations engagées pour évacuer les eaux.Mais derrière l’urgence, une vieille question ressurgit avec une régularité presque mécanique : comment une capitale peut-elle encore être paralysée par des pluies qui ne devraient pas, à elles seules, suffire à mettre une ville entière à genoux ?

Une ville qui manque toujours d’un véritable réseau

Le problème n’est pas la pluie. Il est dans ce qui devrait lui permettre de disparaître.Nouakchott s’est considérablement étendue. Les quartiers ont poussé, les routes se sont multipliées, les constructions ont gagné les espaces autrefois laissés aux écoulements naturels. Mais le réseau de drainage n’a pas suivi au même rythme.Chaque forte averse remet ainsi à nu la même fragilité : une capitale où l’on doit encore compter largement sur les camions, les motopompes et les interventions d’urgence pour faire ce que devrait accomplir un réseau urbain de drainage correctement dimensionné.Et pourtant, Nouakchott n’est pas partie de rien.

Un précédent chinois qui interroge

Dans le cadre de la coopération mauritano-chinoise, un important dispositif de drainage avait été réalisé pour capter les eaux dans les zones basses de la capitale et les évacuer vers la mer. Le projet comprenait une trentaine de kilomètres de canaux, des conduites sous pression et quatre stations de pompage.Achevé et inauguré en 2018, ce système devait apporter une réponse durable à l’un des problèmes récurrents de Nouakchott : donner aux eaux pluviales un véritable chemin d’évacuation au lieu de les laisser s’accumuler dans les quartiers.

Quelques années plus tard, la capitale continue pourtant de recourir massivement aux motopompes et aux camions pour évacuer les eaux après les fortes pluies. Et voilà qu’un nouveau projet de drainage est engagé, avec de nouveaux caniveaux et de nouvelles stations de pompage.Deux projets, deux générations d’infrastructures, mais une même vulnérabilité qui ressurgit à chaque épisode pluvieux. La question n’est donc plus seulement de construire des ouvrages. Elle est aussi de savoir comment les inscrire dans la durée, assurer leur entretien et construire enfin un réseau cohérent à l’échelle d’une capitale qui ne cesse de s’étendre.

Un nouveau réseau, comme si l’histoire recommençait

La réponse des pouvoirs publics passe désormais par un nouveau chantier d’envergure.Un nouveau projet d’assainissement de Nouakchott a été lancé en 2024. Il comporte un volet spécifiquement consacré au drainage des eaux pluviales, avec près de 15,7 kilomètres de caniveaux en béton, des conduites supplémentaires et cinq stations de pompage.Le chantier concerne notamment Tevragh-Zeina, Sebkha et le Ksar, ainsi que certaines parties d’El Mina et de Teyarett.La question n’est donc plus de savoir si les pouvoirs publics ont identifié le problème. Il l’est depuis longtemps.La véritable interrogation porte désormais sur la continuité, la maintenance et l’efficacité des dispositifs.Car construire un réseau est une chose. Le faire fonctionner durablement en est une autre.La ville des pompes

Après chaque épisode pluvieux, le même ballet recommence : les camions arrivent, les motopompes tournent, les eaux sont aspirées, les axes sont progressivement libérés.

Ces interventions sont indispensables. Elles évitent que la situation ne dégénère davantage et permettent aux habitants de retrouver progressivement une circulation normale.Mais elles restent une réponse à l’urgence.Une capitale ne peut durablement organiser sa politique de gestion des eaux autour d’un seul principe : il pleut, on pompe.À terme, l’eau doit avoir son propre chemin.Nouadhibou, l’autre ville exposéeLa problématique ne s’arrête d’ailleurs pas aux limites de Nouakchott.À Nouadhibou également, la question des ouvrages d’évacuation des eaux pluviales reste posée. Dans une ville où les voies d’écoulement sont insuffisantes, une pluie soutenue peut rapidement transformer une difficulté ponctuelle en véritable problème urbain.

La moindre goutte peut alors suffire à faire déborder le vase.Et c’est précisément là que se trouve l’un des paradoxes du pays : deux grandes agglomérations, pourtant situées dans un environnement où les précipitations sont relativement rares, peuvent se retrouver lourdement perturbées lorsqu’elles surviennent.

Le vrai chantier est sous nos pieds

La visite du Premier ministre dans les zones sinistrées répond à une nécessité immédiate. Elle témoigne aussi de la gravité de la situation.Mais les images de rues noyées devraient surtout servir de rappel : le problème n’est plus conjoncturel.Nouakchott dispose déjà d’une expérience en matière de drainage. Un premier système a été réalisé. Un autre est aujourd’hui en développement. Entre les deux, les pluies continuent de rappeler que l’infrastructure urbaine reste en retard sur l’expansion de la ville.Le défi n’est donc plus seulement de pomper l’eau après la pluie. Il est de faire en sorte qu’elle n’ait plus besoin d’être pompée partout.Car une ville réellement préparée aux intempéries ne se mesure pas au nombre de camions mobilisés après l’averse, mais à la capacité de ses infrastructures à faire disparaître l’eau avant qu’elle ne devienne un problème.À Nouakchott, le véritable chantier est peut-être moins visible que les eaux qui envahissent les rues : il est sous nos pieds.

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