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Violences sexuelles et sexistes en Mauritanie : la pression monte pour lever le dernier verrou

Des affaires qui suscitent l’indignation, une société civile qui intensifie son plaidoyer et des parlementaires qui réclament l’adoption du projet de loi KARAMA : en Mauritanie, la question de la protection des femmes et des filles revient avec insistance au centre du débat public. Après plusieurs années de concertations, le texte demeure toujours en attente d’adoption. Jusqu’où ira la pression pour faire sauter le dernier verrou ?Deux notions, deux réalitésViolences sexuelles et violences sexistes ne recouvrent pas exactement la même réalité.Les violences sexuelles désignent les actes à caractère sexuel commis sans consentement ou sous contrainte : viol, agression sexuelle, exploitation sexuelle, harcèlement sexuel ou autres atteintes à l’intégrité sexuelle. Elles peuvent viser les femmes comme les filles et prendre des formes différentes selon les circonstances.Les violences sexistes, plus larges, renvoient aux violences liées au sexe ou au genre de la victime et aux rapports de domination qui leur sont associés. Elles peuvent être physiques, psychologiques, économiques ou sociales. Elles comprennent notamment certaines formes de violences conjugales, de discrimination, de harcèlement ou de pratiques néfastes.Les deux phénomènes peuvent évidemment se recouper. Une agression sexuelle peut ainsi constituer à la fois une violence sexuelle et une violence fondée sur le genre.Cette distinction est importante dans le débat mauritanien : le problème ne se limite pas au traitement pénal du viol. Il concerne également la prévention, la protection des victimes, l’accès à la justice, la prise en charge et la lutte contre les mécanismes sociaux qui favorisent ou banalisent certaines violences.Des alertes qui se multiplientCes dernières semaines, plusieurs affaires de violences sexuelles ont ravivé l’émotion publique. Le viol présumé d’une fillette de sept ans à Toujounine, en septembre, a notamment relancé le débat sur l’absence d’un cadre législatif spécifique et sur les conditions de protection des victimes.Il serait toutefois imprudent de transformer cette succession d’affaires médiatisées en preuve automatique d’une recrudescence statistique. Les données nationales disponibles restent insuffisantes pour établir avec certitude une évolution récente de l’ensemble des violences sexuelles et sexistes.Le phénomène n’en demeure pas moins préoccupant. Les organisations de la société civile et les partenaires internationaux alertent depuis plusieurs années sur l’ampleur des violences basées sur le genre et sur les difficultés persistantes rencontrées par les victimes pour accéder à la protection et à la justice.Au-delà des chiffres, la succession des alertes révèle surtout une difficulté persistante : transformer l’indignation provoquée par les cas individuels en mécanismes durables de prévention, de protection et de justice.KARAMA, le texte au cœur du débatC’est dans ce contexte que le projet de loi KARAMA, consacré à la protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles et sexistes, revient au premier plan.Le texte n’est pas nouveau. Il a fait l’objet de plusieurs phases de concertation. Des institutions publiques, des juristes, des parlementaires, des organisations de la société civile et des représentants religieux ont été associés à différentes étapes de son élaboration et de son examen.Selon ses promoteurs, le projet vise notamment à mieux définir les différentes formes de violences, à renforcer la protection des victimes, à préciser les infractions et les sanctions et à améliorer l’accès à la justice.Le débat n’est donc plus celui d’un texte à construire à partir de zéro. Il porte désormais sur son aboutissement institutionnel.La société civile remet la pressionLe 24 septembre 2026, une nouvelle étape a été franchie à Nouakchott avec la remise officielle d’un mémorandum de plaidoyer en faveur de l’adoption de KARAMA.La démarche, portée par plusieurs organisations de la société civile, s’appuie sur une mobilisation destinée à rappeler aux pouvoirs publics la nécessité d’aboutir à l’adoption du texte.

Le message est désormais difficile à ignorer : la société civile ne demande plus seulement une sensibilisation accrue. Elle réclame l’aboutissement d’un processus législatif engagé depuis plusieurs années.Le plaidoyer porte notamment sur le renforcement des mécanismes de protection et d’orientation, l’amélioration de l’accès des victimes à la justice et le respect des engagements pris en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.

La pression ne vient pas uniquement des organisations de la société civile.Des parlementaires se mobilisent également en faveur de l’adoption du projet de loi KARAMA, relançant le débat sur le retard pris dans l’aboutissement du texte et appelant à une réponse législative aux violences sexuelles et sexistes.Cette mobilisation donne une nouvelle dimension au plaidoyer. La question n’est plus seulement portée par les organisations de défense des droits des femmes : elle s’installe également dans l’espace parlementaire, faisant de l’adoption de KARAMA un enjeu institutionnel.La multiplication de ces appels pose désormais une question centrale : quels obstacles expliquent encore l’attente autour d’un texte qui fait l’objet de concertations depuis plusieurs années ?

Réticences politiques ou prudence institutionnelle ?

C’est ici que se situe l’un des principaux points d’interrogation.Pourquoi un projet ayant fait l’objet de concertations successives, impliquant des institutions publiques, des parlementaires, des religieux et la société civile, tarde-t-il encore à franchir le cap de l’adoption ? Parler de « blocage politique » supposerait d’identifier clairement les responsabilités et les motivations. Les éléments publics disponibles ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’existence d’une décision politique explicite visant à bloquer le texte.Il existe cependant un constat : le délai entre les différentes phases de concertation et l’adoption effective du texte nourrit aujourd’hui les interrogations et la frustration de ses défenseurs.La dimension religieuse et juridique du dossier reste également sensible. Les promoteurs de KARAMA affirment que le texte a été révisé pour tenir compte des préoccupations exprimées lors des consultations et qu’il a fait l’objet d’un examen juridique et institutionnel.Le débat ne peut donc être réduit à une opposition entre « défenseurs des femmes » et « opposants à la loi ». La véritable question est de savoir quels obstacles institutionnels, juridiques ou politiques empêchent encore l’aboutissement d’un texte déjà largement discuté.Le dernier verrou

La Mauritanie dispose de plusieurs dispositifs et politiques de lutte contre les violences basées sur le genre. Des mécanismes de prévention, de sensibilisation et de prise en charge existent également.Mais pour les organisations qui portent KARAMA, ces mécanismes ne remplacent pas un cadre légal spécifique, clairement défini et assorti de procédures permettant de mieux protéger les victimes et de renforcer leur accès à la justice.C’est précisément là que se concentre désormais le plaidoyer.La société civile multiplie les mémorandums.

Des parlementaires relancent publiquement le dossier.

Les affaires de violences sexuelles continuent de provoquer l’émotion. Les partenaires internationaux soulignent les insuffisances persistantes du dispositif de prévention, de protection et de prise en charge.La pression monte donc autour d’une question désormais simple : combien de temps encore faudra-t-il attendre pour que les concertations cèdent la place à une décision ?Pour ses promoteurs, KARAMA n’est pas seulement un texte pénal. Il constitue aussi un instrument de prévention, de protection et de transformation sociale.Reste le passage décisif : celui du plaidoyer à l’adoption, puis de l’adoption à l’application effective.C’est probablement là que se trouve aujourd’hui le véritable dernier verrou.

Dienaba Wane

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