Maroc-Algérie : la Mauritanie, plus que jamais convoitée
Routes, commerce, énergie, sécurité, coopération militaire : Rabat et Alger multiplient les attentions envers Nouakchott. Dans leur rivalité régionale, chacun cherche à consolider ses liens avec un voisin devenu stratégique. La Mauritanie, de son côté, entretient la cour tout en veillant à préserver son équilibre.La Mauritanie est devenue un point d’attention majeur pour les deux puissances maghrébines. À mesure que la rivalité entre Rabat et Alger s’étend vers le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, Nouakchott voit sa position stratégique prendre une importance nouvelle
.La séquence diplomatique et militaire d’avril en donne une illustration. Le 6 avril, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, recevait à Alger son homologue mauritanien Mohamed Salem Ould Merzoug, dans le cadre de la 20e session de la Grande Commission mixte algéro-mauritanienne.
Le Premier ministre El Moctar Ould Djay, accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, participait aux travaux. Le lendemain, il était reçu par le président Abdelmadjid Tebboune.À Nouakchott, au même moment, Rabat engageait une démarche d’une autre nature. Une délégation militaire marocaine conduite par le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales et commandant la zone Sud, effectuait une visite de travail en Mauritanie.Le responsable militaire marocain a été reçu par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et s’est entretenu avec le ministre de la Défense Hanana Ould Sidi. La visite comprenait également la sixième session de la commission militaire mixte maroco-mauritanienne.
Deux agendas distincts, mais une même réalité :
la Mauritanie est devenue un partenaire que Rabat comme Alger cherchent à ménager et à rapprocher.Alger avance sur plusieurs fronts
Pour Alger, le rapprochement avec Nouakchott répond à des intérêts à la fois géographiques, économiques et sécuritaires. La Mauritanie est un voisin immédiat, mais aussi une porte ouverte sur l’Atlantique et un interlocuteur important dans un espace sahélien en pleine recomposition. La coopération bilatérale s’est ainsi élargie au commerce, à l’énergie, aux infrastructures et aux questions de sécurité.La Grande Commission mixte constitue l’un des cadres de cette coopération. Elle permet aux deux pays de donner un contenu concret à leur rapprochement et d’élargir progressivement leurs domaines d’échange.La position de Nouakchott, à la jonction du Maghreb, du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, renforce naturellement son intérêt pour Alger.Rabat mise sur la proximité
Le Maroc dispose d’autres leviers pour consolider sa relation avec Nouakchott. La proximité géographique facilite les échanges commerciaux et les liaisons terrestres avec l’Afrique de l’Ouest. Le corridor routier reliant le Maroc à la Mauritanie constitue notamment un axe important de cette ouverture vers le sud.À cette dimension économique s’ajoutent les investissements, les infrastructures et la coopération militaire.La visite du général Mohammed Berrid illustre cette dernière dimension. La tenue de la commission militaire mixte témoigne de la volonté des deux pays de maintenir un dialogue régulier dans le domaine de la défense et de la sécurité, dans une région où les équilibres sécuritaires évoluent rapidement.Le Sahara occidental en filigrane
Cette concurrence entre Rabat et Alger ne peut toutefois être dissociée du dossier du Sahara occidental.La Mauritanie connaît directement les enjeux de ce conflit. Après avoir été partie prenante du dossier, elle s’en est retirée à la fin des années 1970 et s’est depuis attachée à préserver des relations avec les différentes parties, tout en évitant de se retrouver enfermée dans la confrontation maroco-algérienne.Alger soutient le Front Polisario, tandis que Rabat fait de la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara un axe majeur de sa politique étrangère. Cette divergence place Nouakchott dans une position délicate, qui explique en partie sa prudence.Nouakchott entretient la courFace aux deux voisins, la Mauritanie semble avoir choisi une ligne simple : ne fermer aucune porte.Alger offre des perspectives de coopération dans le commerce, l’énergie, les infrastructures et la sécurité. Rabat dispose de ses propres atouts dans les échanges commerciaux, les infrastructures, les investissements et la coopération militaire.Maintenir ces deux relations permet donc à Nouakchott de diversifier ses partenariats et de préserver sa marge de manœuvre.La séquence d’avril est, à cet égard, révélatrice. Alors que le Premier ministre mauritanien se trouvait à Alger pour approfondir la coopération bilatérale, une importante délégation militaire marocaine était reçue à Nouakchott.Le calendrier dit beaucoup de la méthode mauritanienne : dialoguer avec Alger sans tourner le dos à Rabat, et se rapprocher de Rabat sans rompre avec Alger.
Une Mauritanie de plus en plus convoitée
La rivalité maroco-algérienne ne se limite plus au face-à-face maghrébin. Elle se projette désormais vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, donnant à la Mauritanie une importance croissante.Sa façade atlantique, sa proximité avec le Sahara occidental, sa position entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest et son rôle dans les équilibres sahéliens en font un partenaire particulièrement recherché.Pour Rabat, Nouakchott représente un relais vers l’Afrique de l’Ouest. Pour Alger, elle constitue un partenaire stratégique dans son environnement sahélien et une ouverture vers l’Atlantique.Pour Nouakchott, cette attention croissante de Rabat et d’Alger représente à la fois une opportunité et un exercice d’équilibre. La Mauritanie peut tirer profit de la concurrence entre ses deux voisins pour diversifier ses partenariats économiques, sécuritaires et diplomatiques, à condition de préserver son autonomie de décision.Rabat et Alger multiplient les gestes de rapprochement. Nouakchott, plus que jamais courtisée, entretient ses relations avec les deux sans se laisser enfermer dans le choix de l’un contre l’autre. Une manière, pour la Mauritanie, de faire de sa position stratégique non pas un alignement, mais un levier diplomatique.