La stratégie de Sidi Ould Tah face au retrait américain
Malgré le retrait des États-Unis du Fonds africain de développement (FAD), la Banque africaine de développement (BAD) est parvenue à mobiliser des ressources à un niveau inédit. Sous l’impulsion de son président, Sidi Ould Tah, l’institution panafricaine a transformé un manque majeur en levier stratégique, en s’appuyant sur un engagement renforcé des pays africains et un recours accru aux marchés financiers.« L’Afrique n’est pas seulement bénéficiaire du Fonds africain de développement. Elle est co-investisseur de son propre avenir », affirme Sidi Ould Tah. Cette vision marque une rupture avec la logique traditionnelle de dépendance à l’aide extérieure et a guidé la dernière reconstitution du FAD, le guichet concessionnel de la BAD destiné aux pays les plus vulnérables du continent.Si le doute a longtemps subsisté, la situation est désormais claire : les États-Unis de Donald Trump n’ont pas contribué à ce cycle de reconstitution. Une absence notable, alors que lors du précédent exercice, en 2022, l’administration de Joe Biden avait promis 550 millions de dollars, représentant plus de 6 % des contributions totales.Face à ce désengagement, la BAD a revu sa stratégie de financement. L’institution a obtenu un soutien africain inédit, avec une participation accrue des États membres régionaux, tout en intensifiant son recours aux marchés financiers internationaux. Cette combinaison a permis de compenser l’absence américaine et de sécuriser une mobilisation record.En coulisses, cette réorientation témoigne d’une volonté affirmée de renforcer l’autonomie financière de la Banque et de consolider sa crédibilité auprès des investisseurs. Pour Sidi Ould Tah, le message est sans équivoque : dans un contexte géopolitique plus incertain, le développement du continent reposera de plus en plus sur la capacité de l’Afrique à financer elle-même ses priorités.