En cette fin d’année scolaire, les enseignants mauritaniens ont plus l’esprit ailleurs qu’à la préparation des examens. Le corps enseignant affilié au syndicat national de l’enseignement secondaire(SNELS) a lancé un mot d’ordre de grève dans tout le pays pour demander une révision de la situation matérielle et les conditions de travail des enseignants pour une meilleure revalorisation de leur statut professionnel. L’appel à un mouvement général de grève le jeudi 2 mai pour dénoncer les conditions de travail des professeurs intervient à un mois de la campagne présidentielle. Les enseignants espèrent se faire entendre et trouver ainsi un interlocuteur pour engager un dialogue avec les autorités autour de leur plateforme revendicative. L’arme la plus visible utilisée comme moyen de pression est la tenue de sit-in devant le ministère de l’éducation en exhibant des banderoles qui dressent la liste des revendications en tête desquelles la revalorisation des salaires. Selon les échelons, un enseignant du secondaire touche en moyenne 15000 ouguiyas (MRU).D’ailleurs les avancements des enseignements sont bloqués depuis quelques années et les primes allouées à l’éloignement, à la craie sont insuffisantes pour inciter les enseignants à améliorer leurs performances. Ce débrayage intervient au lendemain de la fête du travail et à quelques semaines de la fermeture des classes qui accuse un décalage à cause de l’élection présidentielle prévue le 22 juin.
En plus du motif salarial, le SLNS évoque la baisse continue du niveau des élèves mauritaniens. Une telle situation s’explique par les réformes du système éducatif jugées inadaptées et très impertinentes par rapport aux standards. Les fonds alloués à l’éducation par l’Etat et par les bailleurs de fonds internationaux prennent d’autres chemins sinueux déplorent des experts indépendants qui appellent à un changement profond du paradigme. Du recrutement d’un corps enseignant médiocre en passant par le gonflement des structures pédagogiques au lieu de procéder à des regroupements des écoles notamment fondamentales situées à des distances très proches, les facteurs de dégradation d’un système éducatif de masse ne cesse de générer des déchets scolaires. Tous ces ratés tirent leur source des mauvaises politiques éducatives qui reposent plus sur des considérations idéologiques que pédagogiques. Ce constat de désolation revient à chaque réforme adoptée par le gouvernement qui ne fait qu’accumuler les retards sur l’urgence de la refondation de l’école mauritanienne ayant perdu depuis des années son image de marque. La promotion du secteur privé loin d’être une bonne panacée a produit un développement tentaculaire d’écoles n’obéissant pas aux normes requises pour répondre aux exigences de l’excellence. Et en l’absence de concertations franches et efficaces entre les acteurs de l’éducation, l’école mauritanienne ne sortira pas la tête de l’eau.

Oumar Diallo