Le candidat Ghazouani est donné vainqueur de l’élection présidentielle 2019 par les résultats provisoires de la Ceni. Ses adversaires rejettent les dits résultats et appellent à la résistance contre « la mascarade ».

Échos de lacrymogènes, marchés fermés et coupure de l’internet, le lendemain de la victoire du candidat Mohamed Ould Ghazouani, crédité de 52% des voix par la Ceni, entre avec fracas dans la succession du président sortant, Mohamed Ould Abdelaziz. Le même score avait été enregistré par son prédécesseur en 2009.

Preuve s’il en était qu’en admettant que toutes ces élections étaient limpides et qu’en dépit de toutes « les réalisations » chantées, Ghazouani hérite d’un legs difficile. Un pays qui continue d’être divisé et dont une grande partie se sent toujours mise à l’écart malgré les slogans de « Président des pauvres », « Lutte contre la gabegie »…

Une « victoire » sans tambour, ni trompette !

Des manifestants ont donc organisé la veille de la déclaration des résultats des manifestations à Nouakchott et Nouadhibou. Mais elles ont rapidement dégénéré avec l’intrusion parmi les manifestants de casseurs et autres petits voleurs décidés à profiter de l’amalgame politique. Parmi eux, on compte même des étrangers qui y ont trouvé aubaine à dérober quelques biens privés. Mais ce n’est l’arbre qui cache la forêt.

A Nouakchott, le déploiement des forces de l’ordre, pour imposer la victoire de Ghazouani, se fait sur une ligne de démarcation cantonnant les « révoltés » dans la ville entre ses coins plébéiens, Arafat, Sebkha et El Mina, et les quartiers huppés de Tevragh Zeina perçue comme havre pour une nomenklatura politico-sociale opulente qui a toujours décidé pour eux et où se trouve le siège de la Ceni. La contestation qui a suivi la déclaration du candidat Mohamed Ghazouani se proclamant « élu » lors de la veillée électorale de son camp politique a quelque peu mis le feu aux poudres.

Une déclaration qui d’ailleurs avait été désavouée par le président de la Ceni qui entendait, malgré tout, marquer son territoire. Mais la pierre était déjà lancée. Il n’en fallait pas plus, avec les précédents connus à la Ceni, dans sa composition et son marché de bulletins de vote, pour que le doute sur la transparence et la crédibilité de l’élection ne soit mis en avant par les autres candidats.

La mauvaise communication du président de la Ceni, le jour du vote, sur l’impossibilité de fraude « comme dans les années 90 » a encore ajouté de l’eau au moulin de la suspicion. Conséquence de toute cette approximation, les différents candidats ont annoncé, avant même que les résultats provisoires ne soient prononcés par la Ceni, qu’ils ne reconnaitraient pas ses résultats. En dépit de leur rejet, la Ceni rendra quand même publique sa déclaration constatant la victoire « étriquée » du candidat Mohamed Ould Ghazouani avec 52% du suffrage de 61% d’un million et demi d’électeurs inscrits.

La fête n’y sera pas. Aucun klaxon c’est tout juste si l’on enregistrait dans son camp la satisfaction d’avoir évité le second tour. Outre la victoire au premier tour du candidat du régime, la plus grande surprise dans ces résultats provisoires de la Ceni aura été le score de 2% dont est crédité l’une des figures de proue de l’opposition mauritanienne, Mohamed Ould Maouloud, président de l’UFP et soutenu par le RFD, parti traditionnellement plus populaire. Un camouflet inimaginable.

Bda symbole de la contestation post-électorale

Dans cette cacophonie post-scrutin du samedi, la contestation est sporadique. Une sorte de jeu à l’usure des nerfs entre les services de sécurité et les sympathisants des candidats. Dans les quartiers « pops » embrasés se retrouvent des contestateurs issus souvent des milieux paupérisés de la ville. Des laissés-pour-compte qui voient l’espoir de changement de leur condition humaine s’envoler avec l’échec – dans des conditions contestées- des candidats en course contre celui du régime.

La contestation des résultats à Nouakchott quoique partagée par tous les candidats est beaucoup plus portée par l’électorat d’un homme : Biram Dah Abeid, second sur l’échiquier des résultats. Ici c’est le terreau des populations qui se sont entassées des années durant à la périphérie de la ville et qui sont devenues par la force de l’exode rural une force politique et sociale incontestable.

Biram Dah Abeid, jeune intellectuel, issu de cette couche y avait décelé déjà une rampe de lancement politique concomitamment de son activisme au sein des droits de l’Homme. Aujourd’hui, avec la rupture de banc avec ses aînés harratines, englués dans la collaboration avec tous les régimes, Bda devient, non sans violence dans le discours, le porte-étendard de cette couche. Mais contrairement à ses aînés, Bda vise plus loin et n’entend pas –aujourd’hui en tout cas- se fourvoyer dans les plaisirs matériels de la collaboration.

Mauriweb
JD