Depuis le début de la création de la nation mauritanienne, la question de la cohabitation inter- communautaire se pose avec acuité. Malgré les profondes divergences historiques et idéologiques qui avaient traversé en lame de fond la naissance d’une Mauritanie éparse, en dépit des velléités territoriales apparues au grand jour , selon les courants réunis au congrès d’Aleg du 2 au 5 mai 1958, un compromis a pu sceller le destin d’un pays composite dont la précarité du fondement et la mauvaise définition des relations identitaires continue plus d’un demi siècle d’indépendance de miner l’évolution réelle du pays vers la modernité . Il suffit de revisiter les annales historiques et suivre le parcours politique du pays pour comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Surtout le rôle négatif que certains pouvoirs ont joué dans la destruction du socle unificateur de notre grande Nation qui mérite plus, que ce que les entrepreneurs de « l’Etat –marchand » et les promoteurs d’une dévolution anachronique d’un système qu’ils s’autorisent à perpétuer au grand mépris du peuple. Est-il normal de garder le silence face aux multiples facteurs patents ou latents qui pèsent sur le présent et le devenir du pays ou agir de manière responsable loin de toutes les dérives politiques causées par le refus d’écouter les revendications sociales de tous ces laissés pour compte issus rappelons-le de toutes les couches sociales du pays dans leurs diversités . Dans un pays qui se respecte, l’avis de chaque citoyen compte ; et chacun a un rôle à jouer dans la construction du pays. Les points de vue des uns et des autres, méritent d’être pris en considération tant que cela sert la paix et la cohésion sociale. Mais faudrait-il que ces voix soient religieusement écoutées avec intelligence et intérêt. Mieux il est indispensable d’abord de reconnaitre que nous sommes un pays de près de quatre millions d’habitants où plus de la moitié vit dans la précarité du fait que les richesses du pays sont accaparées par des groupes puissants d’hommes d’affaires , des lobbies politiques et autres cols blancs qui font main basse sur le système économiques et financier du pays. La misère frappe tous les mauritaniens. Mais il y a des catégories plus vulnérables vivant en deçà du strict minimum. Il ne faut pas simuler une unité nationale si l’injustice, les inégalités politiques créent des disparités flagrantes et génèrent des complexes outrancières et des comportements arrogants dignes d’un autre âge. De quoi a –t- on peur si on intègre dans notre gouvernance démocratique les principes d’équité à tous les niveaux de la hiérarchie politique ; administrative et dans notre système économique ? Il n ya pas pire générateur des tensions et de l’extrémisme que la misère, la marginalisation, qui ne sont rien d’autre que des locomotives de l’injustice. Les prisons continueront à se remplir de larcins tant que l’Etat n’initie pas des politiques adaptées d’insertions des jeunes sans emploi. Les geôles seront les chambres à coucher des victimes faibles contre la raison du plus fort du protégé d’un puissant. L’unité nationale se construit par la promotion saine des valeurs identitaires grâce à une volonté politique affirmée et sincère d’instaurer l’égalité entre tous les mauritaniens sans préjugé de couleur et qui passe par le respect des droits de tout un chacun à vivre pleinement sa citoyenneté. L’unité nationale n’est pas dans le discours, mais dans les actes. Et la responsabilité incombe en premier, à l’Etat, au parlement qui doivent jouer un rôle de fédérateur, à la conscience citoyenne à laquelle on doit inculquer les principes d’égalité entre tous , la justice comme régulatrice des rapports sociaux.
L’apologie de la haine, un danger à l’unité !
Dans un pays multiethnique, commercer avec le discours extrémiste est intolérable et criminel. Malheureusement, une telle extravagance trouve facilement un terreau à travers des crises sociales qui s’accumulent et dont les seules réponses sont apportées par une éternelle politique de l’autruche qui donne l’occasion aux cigognes de claquetter. Nous n’avons pas besoin de nous emmurer dans le silence ni de manifestations politiciennes pour contenir les dérives mais de déconstruire par l’intelligence et la pondération les discours destructeurs. Un sursaut national s’impose dans un élan de responsabilité et de solidarité et non dans la colère politique. Autant les citoyens doivent se faire le devoir de refuser les extrêmes, autant l’Etat doit veiller à l’application des principes de la justice et de l’égalité pour tous. Ceci est d’autant plus urgent que nous vivons une période cruciale d’une démocratie fragile où le repli sur soi est une attitude pathologique antinomique du dialogue et de consensus.
Nous ne le dirons jamais assez, la Mauritanie est née d’une rencontre historique où des communautés ont vécu en symbiose pendant des siècles et où les différends trouvaient des mécanismes intelligents de règlement des conflits. Dans un pays multiethnique, il faut fédérer les différences à travers une politique de juste répartition des ressources nationales et du respect de tous les droits civiques et des valeurs citoyennes. Pour laisser bredouille les sirènes de la discorde de tous bords .Ne surtout pas livrer le pays aux nostalgiques de la surenchère !

CTD